Le mindset entrepreneur est devenu le mot-valise de tout ce qu’on n’arrive pas à expliquer. Tu as des résultats, c’est ton mindset. Tu n’en as pas, c’est ton mindset. Tu veux avancer, il faut « travailler ton mindset ». Sauf que personne ne dit jamais sur quoi on met les mains exactement. Et c’est précisément là que des milliers d’entrepreneurs perdent des années : ils cherchent à changer un état d’esprit alors que trois choses très concrètes le fabriquent, et que ces trois choses-là, elles, se travaillent.
Pourquoi « travailler son mindset » ne veut rien dire
Le mot vient de l’anglais et il a été importé sans son mode d’emploi. Traduction littérale : état d’esprit. Traduction plus juste : configuration d’esprit. La nuance change tout. Un état, tu le subis. Une configuration, tu la modifies.
« J’ai de plus en plus de mal avec le terme mindset et tout le frou-frou qu’on met derrière, parce que le vrai sujet, c’est celui des croyances, de l’identité et des blocages. »
— Jeremy (76s)
Tant que tu restes au niveau du mot, tu tournes en rond. Tu écoutes des vidéos de motivation, tu te lèves plus tôt pendant onze jours, tu écris trois affirmations sur un carnet, et rien ne bouge dans ton activité. Normal : tu as traité la synthèse, pas les composants.
Ce qu’il y a réellement dans la configuration d’esprit
Dans ta configuration d’esprit, il y a un logiciel interne avec lequel tu analyses le monde. Ce logiciel tient en trois blocs.
Tes croyances : ce que tu tiens pour vrai
Ce que tu crois possible, ce que tu crois vrai, ce que tu crois faux. « Personne ne paiera ce prix-là dans mon marché. » « Les gens sérieux ne vendent pas sur Instagram. » « Il faut une audience avant de vendre. » Ce ne sont pas des faits, ce sont des lignes de code. Elles se testent, et la plupart tombent au premier test réel. C’est exactement ce qui se joue quand un indépendant décide de casser ses barrières mentales sur l’argent pour vendre plus cher : rien n’a changé dans le marché, une croyance a changé de camp.
Ton identité : tout ce que tu mets derrière « je suis »
« Je suis quelqu’un de discret. » « Je ne suis pas commercial. » « Moi, je fais du qualitatif. » L’identité est le bloc le plus lourd des trois, parce qu’elle ne se présente jamais comme un problème. Elle se présente comme une valeur.
Tes blocages : tout ce que tu penses impossible
Pas ce que tu ne veux pas faire. Ce que tu as classé, sans jamais le vérifier, dans la colonne « pas pour moi ». Publier en vidéo. Facturer au mois. Recruter quelqu’un. Rappeler un prospect qui n’a pas répondu.
« Le mindset évolue quand l’identité, les croyances et les blocages évoluent. »
— Jeremy (116s)
Voilà le vrai levier. Tu ne travailles pas ton mindset, tu joues avec ces trois blocs, et le mindset suit. C’est une conséquence, jamais un point de départ.
L’identité vertueuse : le blocage le plus confortable qui existe
Il y a un mécanisme que presque tout le monde a fait tourner au moins une fois, et il mérite d’être nommé, parce qu’il est invisible de l’intérieur.
« Je me suis inventé une identité vertueuse pour ne pas me confronter à un truc qui me faisait peur. »
— Jeremy (142s)
Le déroulé est toujours le même. Une action te fait peur. Tu ne la fais pas. Puis, comme ne pas la faire est inconfortable, tu construis une raison noble : « moi, j’ai des valeurs », « je ne fais pas ça ». Et dans la foulée, ceux qui la font, et qui ont de meilleurs résultats que toi, deviennent des gens douteux. Toi, tu n’as pas les résultats, mais tu es le gentil.
Le coût de cette histoire est énorme, et il se paie deux fois : tu n’avances pas, et tu perds la capacité d’apprendre de ceux qui avancent. Le jour où l’identité bouge, tu comprends enfin pourquoi ils font ce qu’ils font. Tu peux le faire aussi, à ta manière. Tu obtiens des résultats. Et tu arrêtes de te raconter des histoires.
Ce mécanisme a une cousine directe : la posture qui consiste à se diminuer pour rester acceptable. Le sujet mérite un article à lui seul, on l’a traité ici : assumer sa réussite quand on est entrepreneur.
Le filtre du « hell yes » et le piège de l’intuition
Le clip s’ouvre sur un principe de décision qui touche directement à l’identité : if it’s not a hell yes, it’s a no. Si ce n’est pas un oui catégorique, c’est un non. Partenariat, vente, recrutement, investissement : s’il y a un doute, il n’y a pas de doute.
Sauf que la règle a une contre-indication immédiate, et c’est elle qui compte. Beaucoup de gens confondent l’excitation, la peur et le doute. Le hell yes n’empêche pas d’être terrifié. Tu peux avoir très peur et savoir au fond de toi que c’est un oui. Ce que la règle interdit, c’est le tiède, pas le vertige.
Et la nuance décisive tient à ton expérience du sujet :
« Dans un truc où vous avez de l’expérience, écoutez toujours votre intuition. Dans un truc où vous n’avez aucune expérience, n’écoutez surtout pas votre intuition. »
— Jeremy (71s)
L’intuition, c’est ton inconscient qui perçoit des millions de signaux que ton conscient ne voit pas, et qui te renvoie une décision. Sur un terrain que tu connais, c’est le meilleur conseiller du monde. Sur un terrain vierge, il ne sait pas quoi regarder : il te renvoie ta peur en la déguisant en lucidité. C’est pour ça qu’un débutant qui « le sent pas » ne sent en réalité rien du tout, et que la réponse est presque toujours d’aller chercher de l’expérience, pas de trancher.
Le modèle mental de l’inversion : changer sans théorie
Reste la question pratique. Comment on touche à des croyances et à des blocages sans partir en stage de trois jours ? Avec un modèle mental : l’inversion.
« Je veux atteindre un truc, je ne sais pas ce qui marche, mais je peux assez bien identifier ce qui ne marche pas, et ensuite je fais l’inverse. »
— Jeremy (179s)
L’exemple utilisé dans la vidéo est volontairement trivial. Tu veux perdre cinq kilos. Tu ne sais pas exactement ce qui va marcher. En revanche, tu sais parfaitement ce qui va t’en empêcher à coup sûr : rester assis toute la journée, manger n’importe quoi, zéro sport, beaucoup de stress, beaucoup d’alcool. L’inverse te donne ton programme, sans expert et sans théorie.
Applique la même mécanique à ton mindset d’entrepreneur. Qu’est-ce qui, à coup sûr, garantit que tu n’atteindras pas ton objectif cette année ? Ne parler à personne. Ne jamais annoncer de prix à voix haute. Publier quand tu as le temps. Ne rien mesurer. Ne demander l’avis que de gens qui n’ont jamais fait ce que tu veux faire. Écris la liste sans t’épargner, puis inverse-la ligne par ligne.
Ce ne sera jamais la façon la plus élégante d’obtenir un résultat. C’est en général la plus rapide, et celle avec laquelle tu feras le moins d’erreurs. Le bénéfice caché est ailleurs : chaque ligne inversée est une croyance mise à l’épreuve du réel. C’est ça, concrètement, faire bouger son mindset.
Le test qui règle la question en une minute
Il existe un signal imparable pour savoir si ton problème est technique ou identitaire. Regarde où part ton énergie.
Énormément d’entrepreneurs mettent une volonté extraordinaire à prouver que la méthode ne marchera pas pour eux. Le marché est différent, la ville est trop petite, la cible n’a pas les moyens, ce n’est pas pareil dans leur métier. Imagine la même volonté mise à prouver que ça va marcher. Les méthodes qu’on te donne ont fonctionné pour des gens comme toi, avant toi. Si tu passes ton temps à démontrer l’inverse, tu ne cherches pas un résultat, tu cherches à avoir raison. Et avoir raison, ça permet de rester dans le statut de celui pour qui ça ne marche pas.
C’est un problème d’identité, pas de méthode. Le tri se fait en une question : est-ce que je veux avoir raison, ou est-ce que je veux le résultat ?
Par où commencer, concrètement, cette semaine
Quatre gestes, dans l’ordre, sans matériel.
- Écris tes trois « je suis ». Les trois phrases que tu utilises pour te décrire professionnellement. Pour chacune, cherche l’action qu’elle te dispense de faire. C’est là que se cache l’identité vertueuse.
- Liste cinq croyances sur ton marché que tu n’as jamais testées toi-même. Choisis-en une et teste-la cette semaine, sur du réel, avec de vrais interlocuteurs.
- Fais l’inversion. Trente lignes de « ce qui garantirait mon échec », puis l’inverse. Tu obtiens ton plan d’action de la semaine, et il sera meilleur que la plupart des plans stratégiques.
- Trie tes décisions en attente au filtre du hell yes, en séparant le tiède de la trouille. Si c’est tiède, c’est non. Si c’est un oui qui te terrifie, c’est un oui, et il faut aller chercher de l’expérience sur le sujet plutôt que d’écouter ton intuition.
Le reste suit tout seul. C’est aussi ce qui explique pourquoi investir dans un accompagnement fait bouger les lignes plus vite qu’un livre : tu ne paies pas de l’information, tu paies l’exposition à des gens dont la configuration d’esprit est déjà en avance sur la tienne. Et ce n’est pas un hasard si la même vidéo aborde juste avant un sujet voisin : bonheur et épanouissement ne s’optimisent pas de la même façon. Une bonne partie de ce qu’on appelle un blocage de mindset est en réalité un objectif qu’on n’a jamais choisi consciemment.
Dernière chose, parce que c’est la confusion la plus fréquente : refuser une action parce que « ce n’est pas moi » n’est pas la même chose que refuser une action parce qu’elle est mauvaise pour ton activité. Le premier cas est un blocage, le second est une décision. On confond les deux tous les jours, et c’est exactement le piège de la zone de génie.
Bref : le mot mindset n’est pas le problème. Ne pas savoir ce qu’il y a derrière, si 🙂
PS : si tu construis ton activité d’accompagnement et que tu tournes en rond depuis des mois, commence par les trois « je suis ». C’est presque toujours là que se trouve le frein. Et si tu tournes déjà à plusieurs dizaines de milliers d’euros par mois, la question change de nature : ce n’est plus ton identité d’expert qu’il faut bouger, c’est ton identité de patron, celle qui t’autorise à ne plus être au centre de la machine.
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FAQ
C’est quoi le mindset d’un entrepreneur, concrètement ?
C’est la synthèse de trois choses : les croyances (ce que tu tiens pour vrai, possible ou impossible), l’identité (tout ce que tu mets derrière « je suis ») et les blocages (ce que tu as classé dans « pas pour moi » sans l’avoir vérifié). Le mindset n’est pas un objet en soi, c’est le résultat visible de ces trois blocs.
Comment travailler son mindset d’entrepreneur ?
En ne travaillant pas le mindset. Tu touches aux trois composants : tu testes une croyance sur du réel, tu identifies une phrase d’identité qui te dispense d’agir, tu prends un blocage et tu le mets à l’épreuve. Le mindset bouge en conséquence, jamais à l’inverse.
Qu’est-ce que l’identité vertueuse ?
C’est l’histoire noble qu’on se construit pour éviter une action qui fait peur. « Moi, j’ai des valeurs », « je ne fais pas ça ». Elle a un signe distinctif : elle transforme ceux qui obtiennent des résultats en gens douteux, et ton absence de résultat en preuve de moralité.
Faut-il écouter son intuition quand on décide ?
Sur un sujet où tu as de l’expérience, oui, toujours : ton inconscient traite des signaux que ton conscient ne perçoit pas. Sur un sujet où tu n’as aucune expérience, non : ton intuition n’a rien à analyser et te renvoie ta peur déguisée en lucidité. La bonne réponse est alors d’aller chercher de l’expérience.
Que veut dire « if it’s not a hell yes, it’s a no » ?
Si une décision ne déclenche pas un oui catégorique, c’est un non. S’il y a un doute, il n’y a pas de doute. Attention à la confusion la plus courante : le hell yes n’empêche pas d’avoir peur. La règle élimine le tiède, pas ce qui te terrifie tout en étant un oui évident au fond de toi.
Comment fonctionne le modèle mental de l’inversion ?
Tu ne sais pas ce qui va marcher, mais tu identifies très bien ce qui garantirait l’échec. Tu listes tout ce qui t’empêcherait d’atteindre ton objectif, puis tu fais l’inverse ligne par ligne. Ce n’est pas la méthode la plus élégante, c’est en général la plus rapide et celle qui produit le moins d’erreurs.
Comment savoir si mon problème est technique ou mental ?
Regarde où part ton énergie. Si tu la dépenses à démontrer que la méthode ne marchera pas dans ton cas, le problème est identitaire : tu cherches à avoir raison plutôt qu’à obtenir un résultat. Si tu la dépenses à exécuter et que ça bloque quand même, le problème est technique.
