Reprogrammer son subconscient, dans la plupart des contenus qui traitent du sujet, tient en trois gestes : vous observez la croyance, vous l’identifiez, vous vous racontez une nouvelle histoire. C’est exactement la question posée à Jeremy Kohlmann pendant cet atelier consacré aux barrières mentales des accompagnants : est-ce qu’il existe autre chose que ça ? La réponse arrive en deux temps, et le premier n’est jamais celui qu’on attend. Avant de réécrire quoi que ce soit, il faut trouver d’où vient la croyance. Sans cette étape, la nouvelle histoire se pose par-dessus l’ancienne sans jamais la déplacer.
Avant de reprogrammer, identifier la cause
La question arrive telle quelle dans l’atelier : y a-t-il une méthode particulière pour reprogrammer une croyance, en dehors de s’en raconter une nouvelle ? La réponse tient en quatre mots.
« D’abord, identifier la cause. Toujours. »
— Jeremy Kohlmann (0:27)
Une croyance limitante n’est pas une opinion que vous avez choisie un matin. Elle a été installée, par quelqu’un, à un moment, dans un contexte précis. Les coachs et les thérapeutes en accumulent plus que la moyenne, et l’atelier le pose d’entrée : cela vient de l’éducation, du métier, et de la formation elle-même. Trois couches qui ont chacune déposé leur lot de règles sur ce qu’il est acceptable de demander, de facturer, de vouloir.
Le réflexe habituel consiste à travailler sur la phrase finale, celle que vous vous répétez aujourd’hui. C’est le mauvais endroit. Tant que la cause tient, la phrase revient sous une autre forme. Un blocage sur le fait de recevoir, par exemple, ne se règle pas en décidant de mieux recevoir : il faut chercher pourquoi, et ce qui s’est passé avant, quand cette règle a été apprise.
Le protocole : écrire et remonter la chaîne des pourquoi
Deux outils sont cités. L’un est thérapeutique, on y revient plus bas. L’autre ne demande rien d’autre qu’une feuille.
« Je vais aussi beaucoup me servir de l’écriture. Je vais écrire le fil de ma pensée. »
— Jeremy Kohlmann (0:44)
L’exemple donné dans la vidéo est volontairement banal, du genre qu’on entend dans toutes les familles : « je crois que les riches sont égoïstes ». Une phrase de ce calibre suffit à saboter une grille tarifaire pendant des années, sans jamais être formulée à voix haute.
À partir de là, la séquence est mécanique. Où ai-je entendu ça la première fois. Qui me l’a dit. Pourquoi cette personne le pensait. Qu’est-ce que j’en pense, moi, aujourd’hui. Et à chaque réponse, on relance.
« Je vais regarder ce qui arrive à la fin, en utilisant autant de pourquoi que possible. Parce que ce qui arrive à la fin, c’est sûrement ce que je vais pouvoir traiter. »
— Jeremy Kohlmann (1:25)
Ce n’est pas du journal intime. La cible n’est pas le ressenti du jour, c’est la dernière phrase de la chaîne, celle après laquelle il n’y a plus de pourquoi disponible. Concrètement, le protocole tient en cinq lignes.
- Écrivez la croyance telle qu’elle se dit dans votre tête, avec ses mots à elle, pas avec une version présentable.
- Remontez à la première fois. Où, quand, dans quelle situation, et surtout dans la bouche de qui.
- Enchaînez les pourquoi jusqu’à ce que la réponse cesse de bouger.
- Arrêtez-vous sur la dernière phrase. C’est celle-là qui est traitable, pas celle du départ.
- Vérifiez sur quoi elle repose. Un fait vécu, une phrase entendue, ou rien du tout.
Ce que ça donne quand quelqu’un le fait en direct
Un participant reprend la main quelques minutes plus tard, sans question, juste pour raconter ce qui vient de se passer dans sa tête. Son cas : beaucoup d’expérience, beaucoup de formations achetées, beaucoup de bonnes idées, et rien de mis en place. La raison qu’il se donne : peur que ça ne marche pas.
Il applique la chaîne en direct. Pourquoi est-ce que je pense que ça n’a pas marché ? Réponse : je ne l’ai jamais mis en place, ni pour moi ni pour un client. Donc je ne peux pas dire que ça ne marche pas. Et si ça ne marche pas ? Le client ne sera pas content. Et alors ? Soit je fais mieux, soit je le rembourse, soit je change de procédé. C’est grave ? Non. Ça prend du temps.
La croyance ne résiste pas trois questions, parce qu’elle ne reposait sur aucune donnée. C’est le cas le plus fréquent, et c’est aussi pour ça que l’écriture fonctionne : elle oblige la phrase à se présenter avec ses preuves.
Les outils qui font le travail, une fois la cause trouvée
Identifier ne suffit pas. La deuxième moitié du travail consiste à revenir sur la croyance d’origine avec un outil fait pour ça.
« Trouver la croyance originale, et venir la retravailler avec un outil thérapeutique. »
— Jeremy Kohlmann (1:53)
Les modalités citées dans la vidéo sont ouvertes, et volontairement : hypnose avec un praticien, auto-hypnose, écriture, travail avec un thérapeute ou un coach, EFT, PNL, psychanalyse. La préférence personnelle exprimée va à l’hypnose et à l’écriture, avec une précision qui change tout : c’est ce qui fonctionne le mieux pour une personne donnée, ce n’est pas une prescription.
« Moi je ne suis pas thérapeute. Prenez ça pour ce que c’est : mon analyse, ce que j’ai compris. »
— Jeremy Kohlmann (2:45)
Cette phrase mérite d’être retenue par tout le monde, et pas seulement parce qu’elle est honnête. Le vocabulaire employé pour décrire ce travail (subconscient, inconscient, croyances, câblage) dépend de l’école à laquelle on l’emprunte. Ce qui compte, c’est la séquence : on cherche la cause, puis on la retravaille avec un outil adapté, puis on regarde si le comportement bouge. Le reste est une question d’étiquette.
Le problème que l’écriture seule ne résout pas
Il y a une limite structurelle à s’analyser soi-même, et elle est formulée simplement dans l’atelier : personne ne peut voir ses propres angles morts. S’il existe quelque chose que vous ne voyez pas, vous ne pouvez pas savoir que vous ne le voyez pas. C’est une impasse logique, pas un manque de lucidité.
D’où la nécessité d’un miroir extérieur, quelqu’un qui pose la question que vous n’avez pas envie d’entendre et qui insiste. Précision utile : ce n’est pas forcément un professionnel. Un ami proche, suffisamment curieux pour continuer à creuser quand vous voulez changer de sujet, fait déjà le travail. Avec un professionnel, ça va plus vite. Cette dépendance au regard extérieur est d’ailleurs la même que celle qu’on retrouve côté stratégie, et nous l’avons détaillée dans se faire accompagner quand on est entrepreneur.
Chaque croyance a sa place quelque part
La vidéo ouvre sur une nuance que la plupart des contenus sur le sujet évacuent : il ne s’agit pas de purger toutes ses croyances. Ce qui vous a amené de zéro à un n’est pas ce qui vous amènera de un à dix, puis de dix à cent. Une conviction peut être exactement le bon outil à un palier, et devenir le frein principal au palier suivant.
L’exemple donné est vécu, et il concerne l’entreprise elle-même : des membres de l’équipe qui viennent dire au dirigeant qu’il est persuadé de quelque chose, et que cette certitude est en train de faire de lui le goulot d’étranglement. La phrase qui suit vaut le détour, parce que c’est celle que tout le monde se dit : « j’ai toujours pensé ça, et c’est ça qui m’a amené là où je suis ». Vrai. Et sans rapport avec la suite.
Le travail n’est donc pas de tout effacer, mais de repérer laquelle de vos règles est en train de vous coûter maintenant, à votre étage actuel. Nous avons traité le sujet côté identité dans mindset entrepreneur : identité, croyances et blocages, et côté rapport à l’argent dans vendre plus cher en cassant ses barrières mentales sur l’argent.
Ce que ce travail ne remplace pas
Une croyance identifiée et retravaillée ne produit rien toute seule. Le déclencheur reste le même que d’habitude : on bouge quand la douleur de rester devient plus forte que la douleur d’agir, ce que nous avons chiffré dans le coût de l’inaction que personne ne calcule.
Et toutes les peurs ne sont pas des croyances installées. Certaines sont des signaux biologiques parfaitement normaux qui n’ont rien à reprogrammer, seulement à relire : c’est le cas de la peur du regard des autres, dont l’origine est expliquée dans la peur du jugement des autres. Confondre les deux fait perdre des mois : on part chercher un traumatisme d’enfance là où il n’y avait qu’une alarme mal calibrée.
Ce qu’il faut retenir
Reprogrammer son subconscient, en pratique, c’est deux mouvements et pas un. D’abord remonter à la cause, avec une feuille et autant de pourquoi que nécessaire, jusqu’à la phrase qui ne bouge plus. Ensuite retravailler cette phrase-là avec l’outil qui vous convient, pas avec celui qui a convenu à quelqu’un d’autre. Et pour la partie que vous ne verrez jamais seul, quelqu’un en face qui continue de poser des questions quand vous voulez arrêter.
Le reste tient à une hygiène simple : ne pas chercher à tout purger, chercher ce qui coince à votre étage aujourd’hui.
Bref 🙂
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Questions fréquentes
Comment reprogrammer son subconscient concrètement ?
En deux temps. D’abord identifier la cause de la croyance : l’écrire telle qu’elle se dit dans votre tête, remonter à la première fois où vous l’avez entendue, puis enchaîner les pourquoi jusqu’à la phrase qui ne bouge plus. Ensuite retravailler cette phrase d’origine avec un outil adapté, qu’il s’agisse d’hypnose, d’écriture, d’un accompagnement thérapeutique ou d’un coach.
Pourquoi se raconter une nouvelle histoire ne suffit-il pas ?
Parce que la nouvelle histoire se pose par-dessus l’ancienne sans la déplacer. Tant que la cause reste en place, la croyance revient sous une autre forme, à un autre endroit de votre activité. L’identification de l’origine n’est pas une étape optionnelle du processus, c’est la première.
Combien de pourquoi faut-il enchaîner ?
Autant que possible, jusqu’à ce que les réponses cessent de changer. Ce qui arrive à la fin de la chaîne est ce que vous allez pouvoir traiter. Le début de la chaîne, lui, n’est qu’un symptôme reformulé.
Quels outils utiliser pour retravailler une croyance limitante ?
L’hypnose avec un praticien, l’auto-hypnose, l’écriture, un travail avec un thérapeute ou un coach, l’EFT, la PNL, la psychanalyse. Aucun n’est supérieur aux autres dans l’absolu : le bon outil est celui qui produit un changement de comportement chez vous.
Peut-on faire ce travail seul ?
En partie seulement. Personne ne peut voir ses propres angles morts : ce que vous ne voyez pas, vous ne savez pas que vous ne le voyez pas. Il faut quelqu’un en face qui continue de creuser. Ce n’est pas obligatoirement un professionnel, un proche curieux et insistant fait déjà avancer le sujet, simplement moins vite.
Faut-il éliminer toutes ses croyances pour progresser ?
Non. Une croyance peut être le bon outil à un palier et devenir un frein au suivant, parce que ce qui vous amène de zéro à un n’est pas ce qui vous amène de un à dix. Le travail consiste à repérer celle qui coûte quelque chose maintenant, pas à faire table rase.
Est-ce que toutes les peurs sont des croyances à reprogrammer ?
Non. Certaines sont des signaux biologiques normaux face à la nouveauté, qui demandent une relecture plutôt qu’un traitement. Chercher un traumatisme d’enfance derrière chaque hésitation fait perdre des mois pour rien.
