Une reconversion professionnelle se raconte presque toujours en trois temps : on quitte son métier, on se forme, puis on recommence de zéro. C’est l’ordre le plus risqué, parce qu’il met le revenu, la confiance et la pratique en pause au même moment. Élodie Sculino a fait autrement. Danseuse professionnelle dans un cabaret, mère d’une fille en bas âge, elle s’est formée à la méthode Pilates sans jamais arrêter d’accompagner des clients. Elle est aujourd’hui formatrice et forme à son tour des professionnels. Dans l’extrait ci-dessus, elle raconte comment elle a tenu ces années-là. Voici ce que son parcours apprend à quiconque prépare une reconversion vers un métier d’accompagnement.
Reconversion professionnelle : le déclic dit quoi quitter, pas où aller
Élodie ne s’est pas réveillée un matin avec un plan. Elle travaillait déjà jour et nuit : la scène le soir, quelques séances de coaching en journée, et sa fille qui venait de naître. Le déclic est arrivé sur scène.
« Un soir, je suis montée sur scène dans le cabaret dans lequel je travaillais et je me suis clairement demandé ce que je faisais là. […] Ça n’a plus le même sens qu’avant. »
Élodie Sculino (1:00)
Ce moment, beaucoup de gens le vivent. Ce qui compte est la suite : Élodie ne s’arrête pas à « je n’en peux plus ». Elle nomme ce qui manque. Sur scène, on apporte de la joie aux gens, mais on reste coupé d’eux. Ce qu’elle cherche, c’est l’inverse : être au plus près des personnes et les aider dans leurs problèmes du quotidien. Son nouveau métier découle de cette phrase, pas d’une liste de métiers qui recrutent.
Elle s’est fixé une règle simple, qu’elle applique encore : quand un métier ne lui apporte plus « cette petite flamme », elle change. La règle paraît légère. Elle est en réalité très exigeante, parce qu’elle oblige à savoir ce que la flamme contient.
Avant de choisir une formation, écrivez donc une phrase qui commence par « ce que je veux trouver dans mon prochain métier, et que je n’ai pas aujourd’hui, c’est… ». Si la réponse tient en « gagner plus » ou « ne plus avoir de chef », le déclic vous a seulement dit quoi quitter. Pour savoir où aller, il faut une réponse qui décrit une journée de travail.
Ce que coûte une reconversion : temps, énergie, argent
Élodie liste sans détour ce qui rendait son projet difficile. Sa fille était en bas âge. La formation Pilates demandait un nombre d’heures conséquent. Il fallait continuer à gagner sa vie à côté. Et la vie de famille ne s’arrêtait pas pour autant.
« Si mon mari n’avait pas été là pour me soutenir dans tous les sens du terme, je ne pense pas que ça aurait été possible. Ça a été un gros challenge de gestion d’énergie, de temps, de finances. »
Élodie Sculino (2:40)
Son conjoint a validé le projet, a porté une partie de la charge financière (« on va s’en sortir ») et a pris le relais à la maison quand elle n’était pas là. Une reconversion engage tout le foyer, pas seulement la personne qui change de métier.
Trois budgets sont donc à poser avant de signer quoi que ce soit :
- Le temps : combien d’heures par semaine la formation exige, et sur quel créneau elles seront prises (soirées, week-ends, journées libérées).
- L’argent : de combien de mois de revenu réduit le foyer peut encaisser le choc, et qui paie quoi pendant cette période.
- L’énergie : ce que vous retirez de votre semaine pour faire de la place, puisqu’on ne peut pas tout ajouter sans rien enlever.
Le troisième est celui qu’on oublie. Le rythme qu’Élodie s’imposait à l’époque, rentrer à trois heures du matin et être debout à sept pour sa fille, a fini par l’épuiser. Elle le raconte dans son témoignage complet sur sa croissance sans sacrifier sa famille. La leçon pour une reconversion est directe : un budget d’énergie mal estimé finit toujours par se payer.
Si vous menez votre projet en gardant un emploi à temps plein, les mêmes arbitrages se posent avec d’autres contraintes. Deux parcours les détaillent : devenir coach en parallèle de son travail et lancer son activité en restant salarié.
Se reconvertir sans se couper du monde professionnel
C’est le point central de son témoignage, et celui qu’elle répète aujourd’hui aux professionnels qu’elle forme.
« Je ne me suis pas coupée du monde professionnel pour faire ma formation, pour revenir à un monde professionnel. Je me suis dit : il faut y aller tout de suite. »
Élodie Sculino (3:14)
Elle avait déjà commencé à coacher un peu. Elle a continué pendant toute la formation et s’en est servie pour nourrir ses séances et préparer l’après. Dans ses mots, il n’y a pas eu « d’avant, de pendant, d’après ». Tout s’est fait en continu.
Ce choix change trois choses.
Le revenu ne tombe pas à zéro. Même modeste, une activité maintenue pendant la formation réduit la pression financière sur le foyer et la tentation d’abandonner au premier mois difficile.
La formation s’applique le lendemain. Ce qui est appris le lundi se teste sur un client le mercredi. Élodie décrit plus loin dans la vidéo sa façon de travailler avant même la formation : face à un client qui avait une douleur ou une blessure, elle ouvrait ses livres d’anatomie, cherchait, testait un mouvement et demandait si ça soulageait. La formation est venue asseoir ce qu’elle avait déjà trouvé seule. Elle a construit sur une pratique, au lieu de démarrer une pratique après coup.
Le premier client n’est plus une marche à franchir. Celui qui sort de formation sans jamais avoir accompagné personne doit tout apprendre en même temps : trouver des clients, fixer un prix, tenir une séance. Celui qui a continué n’a qu’à faire évoluer ce qu’il fait déjà.
Concrètement, si votre futur métier est un métier d’accompagnement, cherchez dès le premier mois de formation une façon de pratiquer : quelques séances, un cercle de personnes qui acceptent d’être vos premiers clients, un format court. Le but est de ne jamais vous retrouver diplômé sans aucun client, le chiffre d’affaires viendra ensuite.
Deux heures, pas une minute de plus : la contrainte qui rend efficient
Ses collègues de formation venaient tous les jours à l’école et y passaient cinq heures à s’entraîner. Élodie y allait trois fois par semaine, quatre quand elle le pouvait.
« Je savais que j’avais deux heures devant moi, pas une minute de plus, et il fallait que ce soit efficace. Et finalement, ça ne m’a pas desservie. Ça m’a même permis d’être beaucoup plus efficiente. »
Élodie Sculino (3:57)
Elle insiste sur le mot : efficiente, pas efficace. Être efficace, c’est obtenir le résultat. Être efficiente, c’est l’obtenir avec le moins de ressources possible. Quand le temps disponible est fixé à l’avance, chaque séance commence avec une question claire : qu’est-ce que je dois absolument travailler aujourd’hui ? Celui qui dispose de cinq heures peut se permettre de chercher. Celui qui en a deux arrive en sachant.
Une reconversion menée à côté d’un emploi ou d’une vie de famille vit sous cette contrainte en permanence. Plutôt que de la subir, fixez-la vous-même : un nombre de créneaux par semaine, une durée par créneau, et un objectif écrit avant chaque séance. Le volume d’heures impressionne. Ce qui fait progresser, c’est ce qu’on fait de chacune.
La vitesse n’a aucun sens : le dernier encore debout
Une reconversion menée de cette façon prend plus de temps qu’une reconversion à plein temps. C’est le moment où beaucoup se comparent et se découragent. Jeremy Kohlmann répond à cette comparaison dans l’extrait avec une image.
« Le but n’est pas d’être le premier en haut, mais d’être le dernier encore debout. Si on arrive en haut dans de bonnes conditions, combien de temps on a mis ? On s’en fout. »
Jeremy Kohlmann (4:22)
Si l’objectif est de gravir une montagne, arriver premier ou millième ne change rien au sommet. Certains montent vite, d’autres très doucement, d’autres entre les deux, et les trois rythmes sont valables. Il le répète à l’équipe comme aux clients : ce qui compte, c’est le chemin et le résultat, jamais la vitesse pour y arriver.
Plus loin dans la vidéo, Élodie rapporte la version qu’il lui en donne en accompagnement : avec son contexte de vie, elle ira peut-être moins vite que d’autres, et ça n’a aucune importance. Cette phrase sert de critère de pilotage : une reconversion réussie se mesure à ce que vous tenez dans la durée, pas au nombre de mois entre la démission et le premier client. C’est aussi ce que décrit le parcours d’une réussite ordinaire, construite sans s’épuiser.
Aujourd’hui, Élodie a construit ses propres programmes à distance. Elle forme des professeurs de Pilates, et désormais des kinésithérapeutes, à mieux accompagner des élèves qui ont des pathologies ou des blessures. Ses participants viennent de France, de Belgique, d’Angleterre, du Maroc et des Émirats arabes unis. Ce sont d’anciens élèves qui lui disaient d’ouvrir son école. Elle l’a fait, à sa façon, sans lieu physique.
Préparer sa reconversion vers l’accompagnement : la méthode en cinq étapes
Le parcours d’Élodie se résume en une séquence que vous pouvez appliquer à votre propre projet.
Étape 1 : écrire ce que vous allez chercher
Une phrase qui décrit ce que le nouveau métier vous apportera concrètement. Pour Élodie : être au plus près des personnes. Si la phrase ne décrit pas une journée de travail, elle n’est pas encore prête.
Étape 2 : chiffrer les trois budgets avec votre foyer
Temps, argent, énergie. Asseyez-vous avec les personnes qui vont porter une partie de la charge et décidez ensemble de ce que chacun prend.
Étape 3 : pratiquer dès le premier mois
Ne laissez pas la formation devenir une parenthèse. Trouvez des premières personnes à accompagner, même gratuitement ou en format court, et appliquez chaque semaine ce que vous apprenez.
Étape 4 : fixer vos créneaux et un objectif par créneau
Un nombre de séances par semaine, une durée, et une priorité écrite avant de commencer. Deux heures préparées valent mieux que cinq heures à chercher quoi faire.
Étape 5 : choisir votre rythme et le tenir
Comparez-vous à votre propre semaine précédente, jamais au parcours d’un autre. Si votre rythme vous épuise, ralentissez avant d’y être obligé.
Si votre projet consiste plutôt à ajouter de l’accompagnement à un métier que vous gardez, la logique diffère : monétiser son expertise sans quitter son métier détaille ce cas. Et pour un autre exemple de reconversion complète depuis un métier du soin, voyez le parcours d’un infirmier devenu préparateur mental.
Avant de vous lancer, cinq questions de contrôle :
- Puis-je dire en une phrase ce que mon prochain métier m’apportera, que le mien ne m’apporte plus ?
- Mon foyer sait-il précisément ce que ce projet va lui coûter en temps et en argent, et l’a-t-il accepté ?
- Ai-je prévu d’accompagner de vraies personnes avant la fin de ma formation ?
- Mes créneaux de formation sont-ils fixés, avec un objectif pour chacun ?
- Ai-je retiré quelque chose de ma semaine pour faire de la place, ou ai-je seulement ajouté ?
Élodie n’a pas attendu d’être prête pour commencer, et elle n’a pas cherché à aller vite. Elle a avancé en continu, sans rien couper. Bref 🙂
PS : si vous êtes déjà installé et que, comme Élodie aujourd’hui, vous voulez transmettre votre savoir-faire à d’autres professionnels, la question n’est plus la reconversion mais la structure de votre offre. Le cas d’un consultant qui a créé son offre de formation sans renoncer à son activité montre comment poser ce deuxième étage.
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FAQ : reconversion professionnelle vers l’accompagnement
Faut-il quitter son emploi pour réussir sa reconversion professionnelle ?
Pas forcément. Élodie Sculino a mené sa formation Pilates en continuant à travailler et à coacher. Garder une activité pendant la formation limite la pression financière et permet d’appliquer immédiatement ce qu’on apprend.
Comment se reconvertir avec des enfants en bas âge ?
En traitant le projet comme un projet de foyer. Élodie explique qu’elle n’aurait pas pu y arriver sans le soutien de son conjoint, sur le plan financier comme sur l’organisation à la maison. Temps, argent et énergie se décident ensemble, avant de commencer.
Peut-on se former en y consacrant peu d’heures par semaine ?
Oui, à condition que chaque créneau soit préparé. Élodie allait à l’école trois ou quatre fois par semaine, deux heures à chaque fois, quand d’autres y passaient cinq heures par jour. Elle dit en être sortie plus efficiente.
Quand commencer à accompagner des clients pendant une reconversion ?
Le plus tôt possible. L’objectif n’est pas le revenu mais la pratique : chaque semaine passée à appliquer la formation sur de vraies personnes rend la sortie de formation beaucoup moins brutale.
Une reconversion professionnelle lente est-elle un échec ?
Non. Jeremy Kohlmann le résume ainsi : le but n’est pas d’être le premier en haut, mais d’être le dernier encore debout. Ce qui compte est d’arriver dans de bonnes conditions, pas le nombre de mois que cela a pris.
Comment savoir si l’on doit changer de métier ?
En vérifiant ce que l’on cherche, pas seulement ce que l’on fuit. Élodie a quitté la scène parce qu’elle voulait être au plus près des personnes qu’elle aidait. Si vous pouvez décrire concrètement la journée de travail que vous voulez, le déclic devient un projet.
