Il y a une technique de vente que personne ne t’apprend, parce qu’elle ne ressemble pas à une technique. Elle ne tient ni à ta phrase d’accroche, ni à ta façon de traiter une objection, ni au script que tu as recopié quelque part. Elle tient à une seule chose : ce que tu as en tête au moment où tu décroches.
Si tu penses à encaisser, ton prospect le sent. Pas parce qu’il est devin, parce que ça s’entend. Et à partir de là, tout ce que tu diras de juste sera reçu de travers.
Rachid Akbal, head of sales chez Kohlmann Publishing, a une formule pour ça. Il l’appelle se détacher de la vente. Ça ressemble à un conseil de développement personnel. C’est en réalité la mécanique la plus rentable de tout un appel.
Le problème n’est pas ta technique de vente, c’est ton intention
Quand tu as besoin de vendre, tu entres dans ce qu’il appelle la peur du manque. Et cette peur ne reste pas dans ta tête : elle se transmet.
Dans un appel, il y a toujours un transfert de certitude. Toujours. La question n’est pas de savoir s’il a lieu, mais lequel tu transmets. Soit la certitude que tu vas aider cette personne. Soit la certitude que tu vas encaisser. Le premier ouvre. Le second referme, et ton prospect se refroidit sans savoir pourquoi. Il te range dans la catégorie commercial, et à ce moment-là tu as perdu, quelles que soient tes réponses.
Le paradoxe est cruel : plus tu as besoin de cette vente, moins tu as de chances de la faire.
Convaincre, c’est déjà avoir perdu
La suite logique de cette peur, c’est l’énergie de convaincre. Tu argumentes, tu insistes, tu ramènes une preuve de plus. Et Rachid découpe le mot pour montrer ce qu’il y a dedans.
« Convaincre, si on le décompose : con et vaincre. Donc en gros, c’est je suis con de vouloir vaincre. »
Rachid Akbal (35s)
Vaincre suppose un vaincu. Or dans un appel de vente réussi, il n’y a pas un gagnant et un perdant : il y a deux gagnants, assis du même côté de la table. Dès l’instant où tu cherches à l’emporter, tu as désigné ton prospect comme adversaire. Il le sent, et il se protège.
C’est pour ça que la définition du mot vendre compte autant. Chez nous, vendre veut dire donner envie d’acheter. Ce n’est pas un adoucissement de vocabulaire, c’est une inversion complète du geste : tu ne pousses pas, tu rends l’évidence visible.
« C’est de la relation que va découler la transaction. »
Rachid Akbal (52s)
Ton métier n’est pas seulement d’être expert dans ta thématique. Tu es aussi créateur de relation de confiance. Les deux se travaillent. Le second se néglige.
Le puissant, ce n’est pas toi
Vient ensuite le réflexe le plus répandu chez les professionnels de l’accompagnement : la posture d’expert. Tu veux montrer ta légitimité, tu veux prouver que tu maîtrises. Alors tu coaches pendant l’appel, tu expliques, tu démontres.
« La personne qui veut paraître puissante n’est pas celle qui le montre, mais celle qui fait prendre conscience à ton prospect que lui, il est puissant. »
Rachid Akbal (1min46)
La méthode porte un nom : l’art socratique. Tu poses des questions, y compris quand tu connais déjà les réponses. Pas pour manipuler, pour que la personne en face entende ses propres mots. Ce qu’elle se dit à elle-même pèse infiniment plus lourd que ce que tu lui dis.
Le résultat est contre-intuitif. C’est précisément quand tu arrêtes de chercher à paraître puissant que ton prospect te voit comme quelqu’un dont il a besoin. Celui qui a plus confiance en lui que lui-même n’en a.
Les feux verts sont un piège
Dernier point, et c’est celui qui coûte le plus de ventes : la précipitation.
Tu enchaînes trois, quatre, cinq feux verts. Le prospect est chaud, il acquiesce, il se projette. Tu accélères. Tu sautes des étapes parce qu’elles te semblent devenues inutiles.
C’est là que tu casses la relation de confiance, et que tu récoltes le classique je vais réfléchir.
« Prends ton temps, respecte la trame. Ce n’est pas parce que la personne te paraît qualifiée et prête à démarrer que tu dois griller les étapes. »
Rachid Akbal (3min17)
Le diagnostic qu’il pose sur les appels qu’on lui apporte est toujours le même. Des entrepreneurs viennent lui dire que tout était vert et que la personne n’est pourtant pas entrée dans le programme. Il regarde les quinze premières minutes : on est passé de l’étape une à l’étape quatre en sautant l’étape trois. Celle de la découverte. Celle qui représente à elle seule plus de la moitié de l’appel.
Un prospect qui montre patte blanche ne prouve rien. Il montre patte blanche.
Ce que ça change dans ton prochain appel
Trois réglages, aucun script à apprendre.
Avant de décrocher, décide ce que tu transmets. Si tu comptes sur cette vente pour boucler ton mois, tu transmettras la certitude d’encaisser. Ce n’est pas une question de volonté, c’est mécanique. La vraie réponse à ce problème n’est pas dans l’appel : elle est dans le volume de rendez-vous en amont. Un agenda plein rend le détachement facile. Un agenda vide le rend impossible. C’est exactement ce que règle un système de prise de contact par message qui tourne toutes les semaines.
Remplace chaque affirmation par une question. Tu as envie d’expliquer pourquoi ta méthode marche ? Demande plutôt ce qui a été tenté jusqu’ici, et ce qui a coincé. Tu tiens la même information, sauf qu’elle vient de lui.
Compte le temps que tu passes à parler. Sur l’étape de découverte, la cible est vingt pour cent pour toi, quatre-vingts pour lui. Si tu es au-dessus, tu n’es plus en train de découvrir : tu es en train de vendre. Et ceux qui traitent leurs objections en amont, dans leur contenu et leurs annonces, arrivent en appel avec des gens qui ont déjà fait la moitié du chemin.
Un dernier point, qui n’est pas un détail. Cette posture ne tient que si ton offre tient. Un accompagnement flou pousse mécaniquement à convaincre, parce qu’il n’y a rien de solide à montrer. Si tu sens que tu forces à chaque appel, le problème est peut-être en amont, dans la construction de ton offre ou dans un parcours qui réchauffe avant l’appel plutôt que dans ta technique de vente.
Bref 🙂
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Se détacher de la vente est facile quand l’agenda est plein, et impossible quand il est vide. Donna s’occupe du remplissage pour que tes appels redeviennent des conversations.
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Questions fréquentes
Se détacher de la vente, ça veut dire ne plus rien vendre ?
Non. Ça veut dire arrêter de penser à l’encaissement pendant l’appel. Tu proposes toujours ton offre, tu la proposes même plus clairement. Ce que tu retires, c’est l’énergie de vaincre, qui fait fuir.
Quelle différence entre vendre et donner envie d’acheter ?
Vendre, dans l’imaginaire courant, c’est pousser une solution vers quelqu’un. Donner envie d’acheter, c’est amener la personne à voir elle-même que la solution lui correspond. Le geste est inversé : tu poses des questions au lieu d’argumenter.
Pourquoi ne pas utiliser un script de vente ?
Un script te robotise. Dès que la réponse du prospect sort du cadre prévu, ta question suivante part de travers et tu perds le fil. Une trame en six étapes remplit le même rôle sans te figer : tu sais quels sujets traiter, tu ne sais pas dans quel ordre ils viendront.
Comment savoir si j’ai sauté l’étape de découverte ?
Regarde le temps de parole. Si tu as parlé plus que ton prospect sur la première moitié de l’appel, tu es passé à côté. La découverte représente plus de cinquante pour cent d’un bon appel, et c’est presque toujours elle qu’on sacrifie quand on sent que ça se passe bien.
Que faire quand le prospect dit qu’il va réfléchir ?
Le traiter comme un symptôme, pas comme une objection. Cette phrase signale presque toujours une découverte bâclée en amont. Plutôt que de chercher la réplique parfaite, remonte à l’appel et cherche l’étape que tu as grillée.
Est-ce que ça marche aussi en vente high ticket ?
C’est là que ça compte le plus. Plus le montant est élevé, plus la décision est engageante, et plus la relation de confiance pèse dans la balance face à la technique pure.
PS : si tu construis encore ton offre et que tu cherches tes premiers clients, commence par l’offre avant la posture de vente. Et si tu tournes déjà avec une équipe commerciale, va écouter les quinze premières minutes de trois de leurs appels : tu y trouveras l’étape sautée avant d’y trouver un problème de closing.
