Construire une équipe commerciale, c’est le chantier sur lequel butent presque tous les dirigeants d’entreprises de services autour de 50 000 € de chiffre d’affaires mensuel. Les prospects arrivent, l’offre se vend, mais tous les appels de vente passent encore par le fondateur. Dans cette vidéo, je reçois le dirigeant d’une entreprise de coaching sportif qui a vu passer quatre commerciaux en un an sans réussir à déléguer. On reprend tout : qui recruter, comment former, comment rémunérer, comment piloter. Voici la méthode, sans le folklore du « commercial star » qui sauve une entreprise en trois semaines.
Le cercle vicieux du fondateur qui vend encore lui-même
Le scénario que décrit mon invité, je l’ai vécu, et je le vois chez la plupart des dirigeants que nous accompagnons. Il recrute un commercial. Pour le former, il passe moins de temps sur le marketing. Moins de marketing, donc moins d’appels réservés. Pour compenser, il repart à fond sur le contenu, reprend lui-même une partie des appels pour faire rentrer du cash, et délaisse le commercial. Qui ne progresse pas. Qui finit par partir. Et le mois suivant, tout recommence.
Ce n’est pas un problème de volonté, c’est un problème d’architecture : une seule personne fait tourner l’acquisition, la vente et la formation de l’équipe.
Ce constat, je le fais chez quasiment tous les dirigeants qui se situent entre 20 000 et 60 000 € par mois. C’est le verrou qui sépare un métier d’une entreprise. Si vous voulez voir où il se place dans la trajectoire globale, l’article sur les paliers de croissance d’une entreprise d’accompagnement détaille ce qui change à chaque étage.
Le signal qui ne trompe pas : la fatigue décisionnelle
Mon invité raconte un appel de la veille. Bon prospect, bonne conversation, une objection arrive. Il est fatigué, il répond « pas de souci, on se rappelle », raccroche, et sait déjà que la vente est perdue. Alors qu’il savait exactement quoi dire.
« Quand on arrive là, ça veut dire que tu es en fatigue décisionnelle. Tu as la moindre objection, tu dis « OK, d’accord, c’est bon ». Il faut plus closer dans ce cas-là, il faut que tu délègues. »
— Jeremy Kohlmann (6:02)
Second signal, plus discret : vous savez au bout de cinq minutes ce dont la personne a besoin, sans plus savoir expliquer pourquoi. C’est de la compétence inconsciente. À ce stade, vous n’êtes plus la bonne personne pour mener l’appel, ni pour former des débutants.
Qui recruter : la règle du « jamais moyen dans les deux »
Première erreur classique : conclure trop vite. Mon invité avait testé quatre commerciaux et commençait à douter de la délégation elle-même. Ma réponse est simple.
« Tu as pas testé assez de sales. Quatre, c’est pas suffisant. Si tu trouves pas la pépite que tu veux, fais-en vingt. »
— Jeremy Kohlmann (0:36)
Deuxième erreur : recruter un profil qui n’est adapté ni à votre taille ni à votre marché. Une structure qui reçoit beaucoup d’appels peut se permettre de laisser un débutant en rater une dizaine pendant qu’il monte en compétence. Une entreprise à 50 000 € par mois ne le peut pas. Il faut donc être beaucoup plus exigeant sur le profil de départ, et choisir entre deux options :
- Un commercial qui a déjà vendu dans un business similaire : il maîtrise la vente, il apprendra votre sujet.
- Quelqu’un qui maîtrise votre sujet, par exemple un ancien client, à qui vous apprenez la vente.
Ce qui ne marche jamais, c’est le profil intermédiaire : quelqu’un qui connaît un peu la niche et un peu la vente.
« Quelqu’un qui connaît vite fait la niche et vite fait le closing, ça va être une catastrophe, parce qu’il est moyen dans les deux. Donc en gros, il est nul. »
— Jeremy Kohlmann (3:56)
Le marché oriente aussi le choix. En B2B, mieux vaut quelqu’un qui maîtrise la méthode de vente et connaît le type de client. En B2C, surtout sur des sujets comme la santé ou la transformation physique, ce que j’ai vu fonctionner, c’est quelqu’un qui maîtrise la niche, qui comprend le client, qui est parfois passé lui-même par l’accompagnement, et à qui l’on donne quelques méthodes de vente.
Où trouver un bon commercial
Cherchez des personnes qui ont vendu chez un acteur de votre marché et en sont parties, ou annoncez publiquement que vous recrutez, en étant précis. Niche, volume d’appels, taux de conversion constaté, niveau de commission, prix de l’offre : un bon commercial veut pouvoir se projeter avant de postuler. Une annonce floue n’attire que des profils flous.
Former un commercial : shadow, débrief, et une limite claire
Le parcours d’intégration tient en trois phases. Une phase de formation sur l’offre et la niche. Une phase de shadow : le commercial écoute vos appels en direct, caméra et micro coupés, ou réécoute l’enregistrement dans la demi-heure qui suit, et vous débriefez ensemble à la sortie. Puis il prend ses propres appels, un par un, avec un débrief après chacun.
Le critère pour savoir si la personne est faite pour le poste est simple, et rapide.
« Si au bout de 5 à 10 calls extrêmement bien débriefés, où toi tu estimes que tu les aurais closés, donc c’était vraiment des bons prospects, ça veut dire qu’il est pas assez bon. C’est tout. »
— Jeremy Kohlmann (1:02)
Le temps à prévoir (et pourquoi le « A player » est un mythe)
Beaucoup de dirigeants attendent le profil exceptionnel qui arrivera prêt à l’emploi. Il n’existe pas.
« Il faut arrêter avec ce truc de A player. Il y a personne qui arrive dans ta boîte et qui est extraordinaire. »
— Jeremy Kohlmann (19:40)
Il faudra le former sur votre produit, sur votre niche, sur votre façon de vendre, et le suivre après chaque appel. Le rythme que je recommande : trois heures par jour avec lui la première semaine, deux heures par jour la deuxième, une heure par jour la troisième, puis environ trois heures par semaine. Intégrer un commercial demande énormément de temps, c’est un investissement à planifier, pas un à-côté.
La boucle de feedback doit rester courte, moins de 24 heures entre l’appel et le débrief. Et la règle d’apprentissage est nette : une erreur commise une fois, c’est normal, la personne ne savait pas. Vous la montrez, vous coachez. Si elle revient, vous accordez le bénéfice du doute et vous recoachez. Si elle revient encore, la personne n’est pas capable d’apprendre ce point, et il vaut mieux arrêter là.
Cette boucle suppose un prérequis souvent oublié : du volume. Un commercial qui reçoit un appel tous les cinq jours ne progresse pas. Il faut une acquisition qui tourne, pour pouvoir dire « demain, un appel tombe ».
Rémunérer et garder ses commerciaux
Dans l’entreprise traditionnelle, un commercial a un fixe et des commissions plafonnées, à petits pourcentages. Sur notre marché, le modèle courant est l’inverse : pas de fixe, des commissions élevées et sans plafond de gain. Sur les niveaux de commission, mes repères : 8 à 10 % est un niveau normal en B2B. En B2C, sur une offre pas trop chère, monter entre 12 et 15 % reste cohérent.
Mais la vraie fidélisation ne passe pas que par le pourcentage. Elle passe par un contrat moral clair, dans les deux sens.
Le volume est votre job, le suivi est le sien
Fournir des appels à son équipe commerciale, c’est le travail du dirigeant. Si un commercial n’a jamais d’appels et qu’on lui répond « débrouille-toi avec les listes », c’est l’entrepreneur qui a mal fait son travail. En revanche, s’il y a un creux d’une ou deux semaines pour une raison systémique, le commercial a de quoi faire : ses relances, et toute la base de prospects qui n’ont pas signé, à rappeler.
« Si tu es pas avec moi dans les bas, tu as pas de raison que je sois avec toi dans les hauts. »
— Jeremy Kohlmann (10:40)
Le suivi des prospects mérite qu’on s’y arrête, parce que c’est là que se perd le plus d’argent. Un prospect qui n’a pas acheté aujourd’hui peut acheter plus tard. La méthode dépend du volume. Avec quelques milliers de prospects en suivi, des listes de diffusion organisées par objection permettent d’envoyer un premier message à cinquante personnes à la fois, avant de répondre à chacune individuellement. Avec une quinzaine de prospects, tout se fait à la main, de façon personnalisée.
Chez nous, les commerciaux n’appellent pas les gens au hasard pour relancer. Ils écrivent quand il y a une vraie raison : une ressource qui vient de sortir et qui répond exactement au blocage de la personne, un changement sur le marché, une prise de nouvelles. Si rien n’a changé et qu’aucun contenu ne peut aider, on n’écrit pas. Cela suppose que chaque commercial connaisse ses prospects. Sur la vitesse de premier contact, l’autre moitié du sujet, j’ai détaillé pourquoi les cinq premières minutes décident souvent de la vente.
Piloter l’équipe commerciale sans la fliquer
Un CRM pour coacher, pas pour contrôler
Vérifier manuellement que chaque relance a été faite est impossible. Le CRM permet en revanche un regard aléatoire : on ouvre une fiche, on regarde ce qui a été fait, et on transforme ça en séance de coaching. « J’ai lu sa fiche, je pense que tu aurais dû faire ça. Tu veux qu’on essaie ensemble ? » L’objectif n’est pas de prendre quelqu’un en faute, c’est de lui montrer comment bien faire.
Ne pas imposer un taux de closing
C’est contre-intuitif, mais imposer un taux de conversion unique n’a pas de sens.
« Selon le niveau de qualification, soit j’attends 50 % de closing, soit j’attends 8 %. Je peux pas mesurer là-dessus. »
— Jeremy Kohlmann (31:40)
Tous les prospects envoyés sont qualifiés, mais pas au même degré : certains sont prêts à décider dans la semaine, d’autres dans six mois. Ce que je mesure, c’est le volume d’appels envoyés et le chiffre d’affaires encaissé hors taxe qui en sort. Encaissé, pas contracté. Un euro promis dans douze mois, je le compte environ 40 centimes. Dans six mois, 50. Dans trois mois, 60 à 65, pas plus. Parce qu’il y a des annulations, des défauts de paiement, des litiges, et des erreurs de votre côté aussi. Si vous voulez vérifier que les prospects envoyés sont réellement qualifiés, l’article sur la question de qualification qui filtre les touristes donne la mécanique.
Les leviers que les dirigeants oublient
Plus de commerciaux pour avoir plus d’appels, pas l’inverse
Le réflexe naturel : « quand j’aurai plus d’appels, je recruterai ». C’est à l’envers.
Pour avoir plus d’appels, il faut une amplitude d’agenda plus grande. Si un prospect veut mardi à 10 heures et que vos deux commerciaux sont déjà pris, il ne prendra pas mardi à 11 heures. Il ne prendra pas d’appel du tout. Plus de commerciaux, c’est plus de créneaux, donc plus d’appels réservés. Même logique pour les horaires : un agenda fermé le soir et le week-end laisse filer des prospects.
Deux bons commerciaux, minimum
Un seul bon commercial, c’est un point de rupture. Il prend trois semaines de vacances, il tombe malade, il part : vos ventes s’arrêtent, et vous repartez au téléphone. Visez deux personnes solides au minimum.
Le problème reste celui du dirigeant
Dernier piège, que mon invité reconnaît lui-même : dès que le premier commercial signe une vente, le soulagement pousse à lui « refiler la patate chaude » et à décrocher.
« Le sales, son métier, c’est de faire son métier. La solution, c’est à toi de la trouver. C’est toi l’entrepreneur. Tu règles le problème pour qu’il puisse faire son métier. »
— Jeremy Kohlmann (36:22)
Ce que vous gagnez à la fin n’est pas l’absence de terrain. Je discute toujours avec des gens en messages privés, je prends encore des appels, je suis toujours présent en accompagnement. La différence, c’est que la responsabilité de l’opérationnel ne repose plus sur moi.
« Je le fais parce que je veux le faire et parce que je peux le faire, mais je suis pas obligé de le faire. Ça, ça change tout. »
— Jeremy Kohlmann (12:00)
Le temps libéré se réinvestit là où le fondateur est irremplaçable, avec une journée segmentée en plages fixes. C’est la logique que celle décrite dans la routine de CEO à cinq heures par jour, et la pièce centrale du système complet pour faire grandir une entreprise d’accompagnement.
Construire une équipe commerciale : la checklist
- Reconnaître le signal : fatigue décisionnelle, appels perdus alors que vous saviez quoi dire.
- Choisir un profil tranché : vendeur expérimenté dans un business proche, ou expert du sujet à qui l’on apprend la vente. Jamais moyen dans les deux.
- Publier une annonce précise : niche, volume d’appels, conversion constatée, commissions, offre.
- Intégrer en trois temps : formation, shadow, appels débriefés un par un.
- Trancher après 5 à 10 appels bien débriefés sur de bons prospects.
- Garantir le volume d’appels, exiger le suivi des prospects en retour.
- Piloter sur le volume envoyé et le chiffre d’affaires encaissé, pas sur un taux de conversion imposé.
- Recruter pour ouvrir des créneaux, et viser deux commerciaux solides minimum.
Bref, l’équipe commerciale ne se trouve pas, elle se construit. Et c’est le dirigeant qui en porte le plan 🙂
PS : si vous êtes plus près du démarrage que des 50 000 € par mois, la question n’est pas encore de recruter. Elle est de rendre votre acquisition prévisible, pour qu’un futur commercial ait des appels à prendre. L’article sur l’entreprise high ticket qui tourne sans vous explique pourquoi le volume vient avant l’équipe.
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FAQ : construire une équipe commerciale
À partir de quand faut-il déléguer la vente ?
Quand le dirigeant devient le goulot : il alterne entre marketing et appels sans réussir à tenir les deux, et il perd des ventes par fatigue décisionnelle alors qu’il savait quoi répondre. C’est le plafond le plus fréquent entre 20 000 et 60 000 € de chiffre d’affaires mensuel.
Combien d’appels faut-il pour juger un nouveau commercial ?
Cinq à dix appels, à condition qu’ils portent sur de bons prospects et soient débriefés sérieusement. Si, sur ces appels, le dirigeant estime qu’il aurait signé et que le commercial n’y arrive pas, le profil n’est pas le bon.
Faut-il recruter un vendeur expérimenté ou un expert de son sujet ?
L’un ou l’autre, mais jamais un profil moyen sur les deux. En B2B, la maîtrise de la méthode de vente et du type de client prime. En B2C, notamment sur les sujets de santé ou de transformation physique, un profil qui connaît la niche et à qui l’on apprend la vente fonctionne souvent mieux.
Combien de temps prend la formation d’un commercial ?
Le rythme recommandé : trois heures par jour la première semaine, deux heures par jour la deuxième, une heure par jour la troisième, puis environ trois heures par semaine. Avec un débrief moins de 24 heures après chaque appel.
Faut-il imposer un taux de closing à ses commerciaux ?
Non. Le taux attendu dépend du niveau de qualification des prospects envoyés : il peut être de 50 % sur des prospects prêts à décider et de 8 % sur des prospects qui décideront dans six mois. Mieux vaut suivre le volume d’appels envoyés et le chiffre d’affaires encaissé.
Pourquoi recruter plus de commerciaux avant d’avoir plus d’appels ?
Parce que le nombre d’appels réservés dépend aussi de l’amplitude de l’agenda. Si tous les créneaux souhaités sont pris, le prospect ne réserve pas un autre horaire : il ne réserve pas du tout. Plus de commerciaux, c’est plus de créneaux disponibles.
