Gagner de l’argent pendant que vous dormez, sans plus jamais toucher à rien : la promesse des revenus passifs fait partie des plus vendues du business en ligne. Jeremy Kohlmann, fondateur de Kohlmann Publishing, un cabinet qui accompagne les entreprises de services depuis des années, y répond sans détour dans l’extrait ci-dessus : sous cette forme, les revenus passifs n’existent pas. Ce qui existe, c’est un revenu actif que l’on aime assez pour vouloir y rester. Voici pourquoi le mythe séduit autant, ce qu’il faut viser à la place, et la règle simple qui permet de construire un métier qu’on n’a pas envie de fuir.
Revenus passifs : ce que la promesse sous-entend vraiment
La question posée à Jeremy Kohlmann est simple : que dire aux gens qui cherchent, coûte que coûte, des revenus passifs ? Sa réponse tient en deux phrases.
« Les revenus passifs, ça n’existe pas. Les revenus passifs, c’est vendu par des gens qui veulent que vous deveniez leurs revenus passifs. »
Jeremy Kohlmann (0:05)
Pour comprendre pourquoi, il faut déplier ce que le mot « passif » suppose. Un revenu vraiment passif, sur internet, voudrait dire que quatre choses tiennent toutes seules, indéfiniment :
- Une source de trafic dont personne ne s’occupe. Or une audience s’entretient, un algorithme change, une publicité s’use.
- Un système de conversion qu’on n’a jamais besoin de regarder. Or une page, une séquence d’e-mails ou un rendez-vous de vente se dégradent dès qu’on cesse de les surveiller.
- Des publicités, des produits et des contenus qu’on n’améliore jamais. Or le marché bouge, et ce qui convertissait il y a six mois ne convertit plus forcément.
- De l’argent qui tombe pendant qu’on dort. Celui-là peut exister, précise Jeremy Kohlmann, mais jamais sans y toucher.
« Les revenus passifs, ça sous-entend que tu as une source de trafic dont tu n’as pas à t’occuper : ça n’existe pas. Que tu as un système de conversion que tu n’as jamais à regarder : ça n’existe pas. »
Jeremy Kohlmann (0:14)
Autrement dit, un business automatisé reste un business piloté. L’automatisation retire des tâches répétitives, elle ne retire pas le dirigeant. C’est exactement ce que décrit l’article sur comment automatiser son business : on récupère des heures, on ne récupère pas le droit de ne plus regarder.
Le second morceau de la phrase compte autant que le premier. Quand quelqu’un vous vend la méthode pour toucher des revenus sans travailler, c’est souvent vous, l’acheteur, qui devenez sa rente. Si vous voulez des repères pour trier ces offres avant de payer, les quatre tests détaillés dans reconnaître un gourou business s’appliquent directement.
Pourquoi le mythe des revenus passifs séduit autant
Si la promesse est fausse, pourquoi fonctionne-t-elle si bien ? Jeremy Kohlmann pointe une cause qui n’a rien à voir avec l’argent : la plupart des gens qui cherchent des revenus passifs n’aiment pas leur travail. Au lieu de chercher une activité qu’ils auraient envie de garder, ils cherchent une porte de sortie.
« L’enjeu, ce n’est pas de ne pas travailler. Ce n’est pas d’avoir du passif. C’est d’avoir un actif agréable. »
Jeremy Kohlmann (0:44)
Le raisonnement change tout dans la manière de construire une activité. Celui qui veut s’échapper du travail optimise pour la fuite : il choisit un sujet « rentable » qui l’ennuie, il automatise trop tôt, il délègue ce qu’il ne comprend pas encore, et il finit avec une entreprise qu’il n’a pas envie de piloter. Celui qui cherche un actif agréable optimise pour la durée : il choisit un terrain sur lequel il a envie de travailler des années, et c’est cette durée qui finit par produire des résultats.
Plus loin dans la même vidéo, Jeremy Kohlmann prolonge l’idée avec le schéma « je fais ce que je n’aime pas jusqu’à avoir assez d’argent, puis j’arrête tout ». Sa position : personne ne sait de quoi demain est fait, donc autant rendre son quotidien aussi agréable que possible dès maintenant, et considérer le reste comme un bonus. Le passage complet est à voir dans la vidéo d’origine.
Ce qu’il faut viser à la place : un actif agréable, dans cet ordre
Jeremy Kohlmann ne rejette pas l’idée d’un revenu qui travaille sans vous. Il la remet simplement à sa place : en dernier, et pas au début.
« Commencer par avoir un travail qu’on aime, déjà créer son entreprise de rêve ou son métier de rêve, ensuite augmenter les revenus actifs de cette entreprise rêvée, et ensuite réinvestir cet argent dans des choses plus passives et plus automatiques. »
Jeremy Kohlmann (0:51)
Trois étapes, et l’ordre est le message :
- Construire un métier qu’on aime. Une activité de service (accompagnement, conseil, prestation) autour d’un sujet sur lequel vous avez envie de passer vos journées.
- Augmenter les revenus actifs de ce métier. Plus de clients, une meilleure offre, une meilleure organisation. C’est là que se joue la plus grande part du chiffre d’affaires.
- Réinvestir une partie de cet argent dans des placements plus automatiques. Jeremy Kohlmann cite la bourse ou l’immobilier, en prévenant qu’ils ne rapportent « pas des rendements fous ». Le passif arrive à la fin, financé par l’actif, et il reste modeste.
Ce schéma inverse la promesse habituelle. On ne vous vend plus un raccourci pour sortir du travail, on vous propose de rendre le travail assez bon pour ne pas vouloir en sortir. C’est aussi la logique décrite dans l’argent fait-il le bonheur : au-delà d’un certain seuil, c’est le contenu des journées qui fait la différence, pas le montant sur le compte.
Choisir son terrain : le critère qu’on oublie
Comment choisir ce « métier de rêve » ? Jeremy Kohlmann raconte son propre cheminement. Au départ, ce qui l’intéressait, c’était d’apporter ce qu’il savait en marketing et en communication à des personnes que ça pouvait aider dans leur carrière. Il a travaillé pour des marques, puis avec des agences, puis dans l’ombre de sportifs, d’artistes et d’entrepreneurs. Avant de se tourner vers les coachs et les consultants, il a fait un constat très terre à terre.
« Je pouvais globalement gagner autant d’argent avec n’importe quelle catégorie. Je me suis dit : puisque de toute façon je vais gagner [la même chose] partout, autant aller quelque part où je vais essayer d’avoir un impact positif. »
Jeremy Kohlmann (2:33)
Deux enseignements pratiques en ressortent.
À compétence égale, l’argent ne départage pas les terrains. Si plusieurs marchés vous rapporteraient à peu près la même chose, le critère de choix devient ce que vous avez envie de vivre au quotidien : le type de clients, le type de problèmes, l’impact que vous voulez avoir. C’est ce critère qui rend un revenu actif agréable, donc durable.
Un métier de rêve n’est pas figé. Jeremy Kohlmann précise qu’il aurait très bien pu revenir en arrière et retravailler avec de grandes marques. Il est resté parce qu’il s’amusait, et il aurait fait évoluer son métier sans hésiter pour qu’il reste agréable. Le choix initial compte moins que la vigilance : vérifier régulièrement que ce que vous faites vous donne encore envie.
Si vous partez de zéro et ne savez pas encore quel sujet transformer en activité, l’article trouver une idée de business à partir d’un centre d’intérêt reprend la suite de cette même vidéo, avec les exemples de hobbies inattendus devenus des entreprises.
La règle des 90 % : supprimer, automatiser, déléguer
Reste la question des tâches désagréables. Toute activité en contient. Jeremy Kohlmann décrit deux phases très différentes dans sa propre trajectoire.
Au début : protéger le plaisir, quitte à plafonner
Quand il a lancé son métier, puis son lifestyle business, il ne faisait que ce qui l’intéressait. Quand une tâche qui l’ennuyait pouvait apporter plus de résultats, il ne la faisait pas, et il acceptait d’avoir moins de résultats. Il s’éclatait, selon ses mots, 99 % du temps. Ce choix était assumé : à ce stade, l’objectif était un métier agréable, pas une croissance maximale.
Ensuite : accepter le désagréable pour ce qu’il permet
« C’est assez contre-intuitif, mais plus mon entreprise avance, plus je m’autorise à faire des choses que je n’aime pas, parce qu’elles sont nécessaires pour l’entreprise, et que ce que devient l’entreprise m’intéresse plus que d’avoir 100 % de [plaisir] dans mon quotidien. »
Jeremy Kohlmann (3:13)
Il parle de passer d’un jeu d’amateur à un jeu de professionnel. Le professionnel fait parfois des choses qui ne lui plaisent pas, parce qu’il aime ce qu’elles vont permettre. Les deux phases sont légitimes. L’erreur consiste à vouloir la deuxième avant d’avoir construit la première.
La règle qui tient les deux ensemble
« Au début, quand on cherche à créer son métier de rêve, à se créer des revenus actifs confortables, il faut que 90 % de ce qu’on fait soit agréable. Tout le reste, on le supprime, on l’automatise ou on le délègue. »
Jeremy Kohlmann (3:52)
Concrètement, chaque tâche désagréable de votre semaine passe par trois questions, dans cet ordre :
- Peut-on la supprimer ? Beaucoup de tâches existent par habitude : un rapport que personne ne lit, un canal qui ne rapporte rien, une réunion sans décision. La supprimer ne coûte rien.
- Peut-on l’automatiser ? Relances, prises de rendez-vous, envoi de documents d’accueil : ce qui se répète à l’identique peut souvent tourner seul, une fois bien conçu à la main.
- Peut-on la déléguer ? Ce qui demande du jugement mais pas le vôtre peut être confié. Attention au timing : déléguer trop tôt une tâche qu’on ne maîtrise pas encore produit l’effet inverse. L’article déléguer pour construire une entreprise qui tourne sans vous détaille comment s’y prendre.
Ce qui reste après ce tri doit occuper la plus grande partie de votre temps, et c’est ce reste qui doit vous plaire. Pour voir à quoi ressemble cette logique une fois l’entreprise structurée, la journée type décrite dans la routine d’un CEO qui travaille cinq heures par jour en donne une illustration concrète.
Passer à l’action cette semaine
Pour appliquer ce raisonnement à votre propre activité, cinq gestes suffisent :
- Listez vos tâches de la semaine écoulée, sans les juger, avec le temps approximatif passé sur chacune.
- Notez chacune « agréable » ou « désagréable ». Calculez la part de temps passée sur l’agréable. Si vous êtes loin des 90 %, vous savez où travailler.
- Passez chaque tâche désagréable au filtre supprimer, automatiser, déléguer. Une seule décision par tâche, cette semaine.
- Vérifiez votre terrain. Si la plupart des tâches désagréables viennent du sujet lui-même ou du type de clients, la réponse n’est pas l’automatisation, c’est un repositionnement.
- Remettez le passif à sa place. Si une offre vous promet de gagner sans travailler, demandez-vous qui, dans l’histoire, touche vraiment un revenu passif.
Ce qu’il faut retenir
Les revenus passifs, au sens de la promesse marketing, n’existent pas : le trafic, la conversion, les produits et les contenus demandent tous d’être entretenus. Ce qui existe, c’est un revenu actif agréable, construit sur un terrain que vous avez choisi pour le quotidien qu’il vous offre, puis développé, puis éventuellement réinvesti dans des placements plus automatiques. La règle des 90 % sert de boussole : ce qui ne vous plaît pas se supprime, s’automatise ou se délègue.
Bref, le meilleur revenu n’est pas celui qui tombe pendant que vous dormez. C’est celui que vous avez envie d’aller chercher en vous réveillant 🙂
PS : si votre activité tourne déjà et que la question n’est plus de trouver un métier agréable mais de ne pas en devenir prisonnier, l’article lifestyle business : construire une entreprise qui tourne sans vous montre comment passer de l’activité confortable à une entreprise structurée.
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FAQ : les revenus passifs
Les revenus passifs existent-ils vraiment ?
Pas sous la forme qu’on vous vend. Un revenu sans aucune intervention supposerait une source de trafic, un système de conversion, des publicités et des contenus qui n’auraient jamais besoin d’être entretenus. Jeremy Kohlmann rappelle que l’argent peut tomber pendant qu’on dort, mais jamais sans y toucher.
Pourquoi tant de gens cherchent-ils des revenus passifs ?
Parce qu’ils n’aiment pas leur travail. Au lieu de chercher une activité qu’ils auraient envie de garder, ils cherchent un moyen de s’en échapper. Le vrai sujet n’est donc pas de ne plus travailler, mais de construire un travail qu’on a envie de garder.
Que faut-il viser à la place des revenus passifs ?
Un actif agréable. Jeremy Kohlmann propose un ordre en trois temps : créer un métier qu’on aime, augmenter les revenus actifs de ce métier, puis réinvestir une partie de l’argent dans des placements plus automatiques, qui rapportent des rendements modestes.
Qu’est-ce que la règle des 90 % ?
Quand on construit son métier de rêve, 90 % de ce qu’on fait doit être agréable. Le reste se supprime, s’automatise ou se délègue. Cette règle sert à vérifier semaine après semaine que l’activité reste un endroit où l’on a envie de travailler.
Peut-on vivre d’un business en ligne sans travailler ?
Non. Un business en ligne demande d’entretenir son audience, de suivre ses ventes et d’améliorer ses offres. Il peut en revanche reposer sur un métier agréable, avec des tâches répétitives automatisées et d’autres déléguées une fois l’activité maîtrisée.
Faut-il faire uniquement ce qu’on aime dans son entreprise ?
Au début, c’est un bon cap, quitte à plafonner un peu. Ensuite, Jeremy Kohlmann explique qu’il s’autorise de plus en plus de tâches qu’il n’aime pas, parce que ce que devient son entreprise l’intéresse davantage que d’avoir 100 % de plaisir au quotidien.
