Envie d’arrêter l’entrepreneuriat ? Ce que ça veut vraiment dire

Envie d’arrêter l’entrepreneuriat ? Si la pensée vous traverse en ce moment, vous vous demandez sans doute si c’est un signal à écouter ou une mauvaise passe. Interrogé dans un podcast sur la question « est-ce qu’il y a des moments où tu as eu envie d’arrêter ? », Jeremy Kohlmann, fondateur du cabinet Kohlmann Publishing, a répondu en deux mots : « Toutes les semaines. » Pas une fois dans sa vie d’entrepreneur, toutes les semaines. Cet article reprend sa réponse et ce qu’elle apprend : d’où vient cette envie, pourquoi elle arrive souvent au moment où tout va bien, et comment faire la différence entre une journée difficile et une vraie raison de changer de voie.

L’envie d’arrêter fait partie d’une journée normale d’entrepreneur

La première chose que dit Jeremy, c’est que ce n’est pas un accident. C’est le métier.

« Être entrepreneur, c’est dur par moment. Dans une journée, il y a : je suis trop fort, je suis trop nul, je vais virer tout le monde. Oh non, je vais en recruter 50 de plus. Je ne veux plus aucun client. OK, j’en veux 1 000. Ça, c’est une journée normale. »

— Jeremy Kohlmann (0:07)

Il précise même la fréquence : au moins une fois par jour, il se dit que ça ne vaut pas le coup et qu’il arrête. Et en général, une trentaine de minutes plus tard, une bonne nouvelle tombe et l’envie de continuer revient.

Ce passage est plus utile qu’il n’en a l’air. La plupart des entrepreneurs qui ont envie de tout plaquer pensent que ce qu’ils ressentent est anormal, qu’un « vrai » entrepreneur ne doute pas, et que le doute est donc la preuve qu’ils ne sont pas faits pour ça. C’est l’inverse. Le dirigeant d’une entreprise d’une trentaine de personnes, qui accompagne des milliers de clients, passe lui aussi par le « je suis trop nul » plusieurs fois par semaine. Le doute n’est pas un diagnostic. C’est la météo.

La conséquence pratique : ne jamais décider sur un pic

Si l’humeur d’un entrepreneur peut passer de « j’arrête » à « je continue » en une demi-heure, alors aucune décision importante ne devrait se prendre au creux de la vague. Ni fermer la boîte, ni licencier, ni refuser tous les clients, ni en accepter mille. Le « je vais virer tout le monde » et le « je vais en recruter 50 » sont deux réactions au même état émotionnel, dans deux directions opposées.

Concrètement : quand l’envie d’arrêter arrive, notez-la, datez-la, et laissez passer la journée. Si elle revient chaque jour pendant des semaines, avec les mêmes raisons, c’est une information. Si elle disparaît au premier appel qui se passe bien, c’était la météo.

Freelance ou entreprise : vous n’avez pas signé pour le même niveau de difficulté

À ce moment de l’échange, l’animateur rappelle une idée répandue : l’entrepreneuriat, ce serait 90 % d’échecs et 10 % de réussites. Jeremy corrige le cadre avant de répondre.

« Il faut déjà différencier : est-ce que tu es en train d’être entrepreneur et de monter une grosse boîte, ou est-ce que tu cherches à être freelance et gagner 5 000 balles ? Freelance, c’est pas dur. Il y a des challenges comme dans tout dans la vie, mais c’est pas dur. »

— Jeremy Kohlmann (0:53)

La difficulté change de nature quand l’ambition change d’échelle. Vouloir faire partie des cinq ou dix meilleurs de son marché, à l’échelle nationale ou internationale, et changer quelque chose à travers ce qu’on apporte : là, prévient-il, ça va être très dur. Et ce n’est même pas une question de chiffre d’affaires. Faire 100 000 € par mois est plus dur que 5 000, évidemment, mais le vrai saut est ailleurs : quand on veut être parmi les meilleurs, on est confronté aux meilleurs, et surtout aux meilleurs problèmes.

Cette distinction change la façon de lire sa propre envie d’arrêter. Beaucoup d’indépendants s’épuisent parce qu’ils vivent avec la charge mentale d’un bâtisseur d’empire alors que leur projet réel est de bien gagner leur vie avec leur métier. D’autres, à l’inverse, ont lancé une vraie entreprise en pensant que ce serait aussi simple qu’un statut de freelance.

Plus loin dans l’interview, Jeremy pousse la logique jusqu’au bout : salarié, freelance, petite structure de trois personnes outillée par l’IA, ou entreprise qu’on veut faire grandir, ce ne sont pas les mêmes métiers. Ils n’ont ni les mêmes problèmes, ni les mêmes plaisirs, ni les mêmes aspérités. Avant de se demander « est-ce que j’arrête ? », il faut répondre à une autre question : « pourquoi est-ce que je veux faire ça ? » Sans réponse claire, dit-il, ça ne vaut pas le coup d’y aller.

Si vous êtes aujourd’hui dans un modèle où chaque heure vendue est une heure produite, la fatigue vient peut-être moins de l’entrepreneuriat que du modèle lui-même. Certains en sortent en structurant une offre plutôt qu’en abandonnant, comme le raconte ce retour d’expérience pour sortir du modèle freelance.

Le piège que personne ne voit venir : la croissance

On imagine que l’envie d’arrêter arrive dans les mauvais mois, quand les ventes ne suivent pas. L’exemple que Jeremy donne dans ce passage dit presque le contraire. Les moments où il a vraiment « pris la foudre », ce sont les moments de forte croissance.

« Quand on est passé, en l’espace de moins de 6 mois, de 20 personnes dans les programmes à 150, et qu’on n’était pas staffé pour, et qu’on n’avait pas prévu le niveau de [désordre] que ça allait créer, et que le produit, il y avait tout dedans mais peut-être qu’il n’était pas assez bien balisé, on a commencé à en avoir 30 en même temps qui [râlent]. »

— Jeremy Kohlmann (2:23)

Le mécanisme est simple. Chaque gros bond de chiffre d’affaires entraîne nécessairement un gros bond du nombre de clients. Si l’équipe, les process et le produit n’ont pas été pensés pour ce volume, la qualité baisse, les insatisfactions arrivent toutes en même temps, et le dirigeant se retrouve à éteindre des incendies au moment précis où il devrait fêter ses meilleurs résultats. C’est là que naît une forme très particulière d’envie d’arrêter : celle de l’entrepreneur qui réussit et qui n’en profite pas.

Ce qui a changé : anticiper au lieu de subir

La suite de la réponse est la partie la plus actionnable.

« Aujourd’hui, si par exemple je fais 3 mois record de chiffre d’affaires et que tu me demandes comment ça va : tout va bien, on vient de faire 3 mois record, tout va commencer à exploser de partout. OK, on le sait. Et donc on l’anticipe, et ça n’a même pas la même charge émotionnelle et cognitive. »

— Jeremy Kohlmann (2:48)

Les problèmes n’ont pas disparu. Ce qui a disparu, c’est la surprise. L’équipe sait exactement quoi faire pour moduler le nombre de personnes qui accompagnent les clients en fonction du volume, afin que la qualité reste la même. Un problème prévu se gère. Un problème qui tombe sans prévenir épuise.

Pour un entrepreneur qui a envie d’arrêter après une période de croissance, trois questions aident à y voir clair :

  • Qu’est-ce qui a cassé en premier ? L’équipe, le produit, le suivi client, votre agenda ? C’est rarement « tout ».
  • Ce problème était-il prévisible ? Si oui, il appartient à une étape normale de croissance, pas à un échec personnel.
  • Qu’est-ce qui doit être prêt avant le prochain bond ? Recruter, baliser le parcours client, documenter ce que vous faites de façon automatique. Les paliers de croissance d’une entreprise d’accompagnement suivent un ordre assez prévisible, et chacun a ses problèmes propres.

Jeremy le dit lui-même en fin de passage : c’est précisément parce que le cabinet a vécu ces problèmes d’hypercroissance que des clients rejoignent aujourd’hui ses programmes avancés, pour ne pas avoir à les vivre à leur tour.

Tenir sur la durée : un rythme qui ne vous donne pas envie de fuir

L’envie d’arrêter n’est pas seulement une affaire d’événements. Elle est aussi une affaire de rythme. Dans la suite de l’interview, Jeremy décrit le sien, et il casse l’image de l’entrepreneur qui travaille 18 heures par jour.

Il pense à son entreprise énormément d’heures, mais estime son temps de travail effectif à une quarantaine d’heures par semaine. Ses journées oscillent entre une heure au minimum et douze au maximum, avec la plupart du temps autour de cinq heures de travail concentré. Il bloque des plages de travail de fond ou de rendez-vous, garde un temps sans rien entre midi et deux, et ne travaille pas le mercredi après-midi, qu’il passe avec son fils. Son principe : travailler dur quand il y a une raison, pas pour travailler.

Il le relie explicitement à l’âge et à l’énergie. À 20 ans, célibataire, sans rien d’autre à faire, travailler 18 heures par jour peut se justifier. À 37 ans avec une famille, ce moment est derrière lui. Il en est encore capable ponctuellement, plus sept jours sur sept, et surtout il n’en a plus envie. La règle qu’il en tire : adapter son temps de travail à la réalité de ses objectifs, de son âge et de son niveau d’énergie. Sa routine de CEO à cinq heures de travail effectif par jour détaille cette organisation.

Deux autres habitudes réduisent la fatigue qui nourrit l’envie de tout lâcher :

  • Travailler par blocs. Quand il tourne des vidéos, il ne fait que ça pendant un à deux jours. Même chose pour les publicités, le coaching ou les interviews. La répétition d’une tâche rend bon parce qu’on s’y « câble » entièrement, alors que passer sans arrêt d’une tâche à l’autre coûte tellement de charge cognitive qu’on devient moyen partout.
  • Garder un seul cap. Il ne lance pas d’autres business, par incapacité assumée à faire correctement deux choses en même temps en termes de charge mentale. Ce point est développé dans l’article sur les métiers que l’IA va remplacer, tiré de la même interview.

Un entrepreneur épuisé confond facilement « je ne veux plus de ce rythme » et « je ne veux plus de ce métier ». Avant de conclure au second, testez le premier : changez l’organisation de vos semaines pendant un mois, et regardez si l’envie d’arrêter reste la même.

Et si l’envie d’arrêter était la bonne réponse ?

Il serait malhonnête de conclure que l’envie d’arrêter est toujours une illusion. Jeremy ne le dit pas non plus. Vers la fin de l’interview, il tient même un discours rare chez quelqu’un qui accompagne des entrepreneurs : bâtir une entreprise, c’est dur, et si vous n’avez pas besoin d’y aller, pour des raisons personnelles ou parce que vous ne trouvez pas votre place ailleurs, il n’y a pas de raison de vous infliger ça.

Arrêter peut donc être une excellente décision, à condition d’être prise pour de bonnes raisons. Quelques repères pour faire le tri :

  • L’envie d’arrêter est probablement passagère si elle dépend de votre humeur du jour, si elle suit un problème précis (un client difficile, un mois creux, une vague de croissance mal absorbée) et si elle disparaît quand ce problème est réglé.
  • Elle mérite d’être écoutée si elle revient semaine après semaine avec les mêmes raisons, même dans les bons mois, et si vous n’arrivez plus à répondre à la question « pourquoi est-ce que je fais ça ? ».
  • Elle signale souvent un mauvais modèle plutôt qu’un mauvais choix de vie si ce qui vous pèse est le rythme, la dispersion ou un modèle où tout repose sur vous. Dans ce cas, c’est l’organisation qu’il faut changer, pas forcément le statut.

Rester par peur de changer a aussi un prix. Si vous hésitez depuis des mois sans trancher, l’article sur le coût de l’inaction aide à mettre les deux options sur la balance.

Le mot de la fin de l’interview va dans le même sens, pour ceux qui hésitent à se lancer comme pour ceux qui hésitent à continuer. Tout le monde vous dira que c’est trop difficile, que ce n’est pas pour vous, qu’il vaut mieux jouer la sécurité. Ces gens vous aiment et veulent vous protéger. Mais essayer des choses, sans mettre en danger le toit au-dessus de la tête de vos enfants, coûte rarement plus que de revenir au point de départ.

Avoir envie d’arrêter toutes les semaines et continuer quand même, ce n’est pas de l’entêtement. C’est savoir que la météo change vite. Bref 🙂

PS : si vous dirigez déjà une entreprise de services qui grandit vite et que l’envie d’arrêter vient surtout du désordre que cette croissance crée, c’est exactement le travail d’organisation que nous menons avec les dirigeants que le cabinet accompagne : anticiper le prochain palier plutôt que le subir.

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FAQ : envie d’arrêter l’entrepreneuriat

Est-ce normal d’avoir envie d’arrêter l’entrepreneuriat ?

Oui. Jeremy Kohlmann, qui dirige une entreprise d’une trentaine de personnes, explique avoir envie d’arrêter « toutes les semaines », et même au moins une fois par jour se dire que ça ne vaut pas le coup. Dans une même journée, un entrepreneur peut passer de « je suis trop fort » à « je suis trop nul ». Le doute fait partie du métier, il ne prouve pas qu’on n’est pas fait pour ça.

Comment savoir si je dois vraiment arrêter mon entreprise ?

Ne décidez jamais sur un pic émotionnel. Si l’envie d’arrêter disparaît dès qu’un problème précis est réglé, elle était passagère. Si elle revient semaine après semaine avec les mêmes raisons, même dans les bons mois, et que vous ne savez plus répondre à la question « pourquoi est-ce que je fais ça ? », elle mérite d’être écoutée.

Pourquoi a-t-on envie d’arrêter alors que l’entreprise marche bien ?

Parce que la croissance crée ses propres problèmes. Chaque gros bond de chiffre d’affaires amène un gros bond de clients. Si l’équipe et le produit ne sont pas prêts, la qualité baisse et les insatisfactions arrivent en même temps. Jeremy l’a vécu en passant de 20 à 150 personnes dans ses programmes en moins de six mois. La solution est d’anticiper ces étapes plutôt que de les subir.

Être freelance, est-ce aussi dur qu’être entrepreneur ?

Non, selon Jeremy Kohlmann. Être freelance pour bien gagner sa vie comporte des défis, mais ce n’est pas dur. Construire une entreprise qui veut compter parmi les meilleures de son marché l’est beaucoup plus, parce qu’on se retrouve confronté aux meilleurs et à des problèmes plus lourds. Ce ne sont pas les mêmes métiers.

Combien d’heures travaille un entrepreneur qui dure ?

Jeremy estime son travail effectif à une quarantaine d’heures par semaine, avec des journées qui vont d’une heure à douze heures et tournent la plupart du temps autour de cinq heures de travail concentré. Il ne travaille pas le mercredi après-midi. Son principe : adapter son temps de travail à ses objectifs, à son âge et à son niveau d’énergie.

Que faire quand on a envie de tout plaquer ?

Notez l’envie, datez-la, et laissez passer la journée. Identifiez ensuite ce qui a cassé en premier : l’équipe, le produit, le suivi client ou votre agenda. Souvent, c’est le rythme ou l’organisation qui pèse, pas le métier lui-même. Changez d’abord l’organisation pendant quelques semaines avant de prendre une décision définitive.