Quels métiers l’IA va remplacer ? Les prestataires moyens, pas les meilleurs

Quels métiers l’IA va remplacer ? Posée comme ça, la question produit des listes angoissantes : graphistes, développeurs, rédacteurs, traducteurs, et bientôt coachs et consultants. Invité d’un podcast consacré à l’acquisition, Jeremy Kohlmann y répond autrement. L’intelligence artificielle ne supprime pas des métiers entiers. Elle coupe chaque métier en deux, et c’est le milieu qui disparaît. Si vous vendez un service, que vous soyez freelance, coach, consultant ou dirigeant d’un cabinet, la bonne question n’est donc pas « est-ce que mon métier va survivre ? », mais « de quel côté de la coupure suis-je ? ». Cet article détaille la mécanique et ce qu’elle change dans votre façon de travailler.

La réponse courte : l’IA ne remplace pas des métiers, elle vide le milieu du marché

La question posée à Jeremy part d’un constat que beaucoup de prestataires vivent déjà : depuis que des outils comme Claude Code savent écrire du code ou produire une maquette, les prestations de développeur freelance ou de graphiste valent beaucoup moins cher sur le marché. Sa lecture est plus précise qu’un simple « l’IA tue les métiers créatifs ».

« Le marché est en train de se séparer en deux extrêmes. Les gens très, très avancés, très, très forts, très, très chers. Et la prestation et le coaching faits avec l’IA, en mass market. Il n’y aura plus de milieu. »

— Jeremy Kohlmann (0:25)

En haut, des professionnels brillants, entourés d’autres professionnels brillants, qui utilisent l’IA pour produire plus et mieux. En bas, une version discount de chaque service, du coaching au design, entièrement outillée par l’IA et vendue au prix le plus bas possible. Entre les deux, plus rien.

Et ce futur n’est pas une prédiction lointaine. Pour Jeremy, c’est déjà ce qui se passe aujourd’hui. Le prestataire moyen, correct sans être remarquable, facturé au prix moyen du marché, est celui qui se retrouve en concurrence directe avec un outil qui fait « correct » pour une fraction du prix.

Pourquoi les meilleurs ne sont pas menacés

L’exemple qu’il prend est celui du design, le secteur qu’on présente le plus souvent comme condamné.

« Claude Design n’a pas tué les designers. Claude Design a tué les designers pourris. »

— Jeremy Kohlmann (0:55)

Le raisonnement est simple. Une grande marque comme Nike ne confiera pas son identité visuelle à un outil d’IA utilisé seul. Selon lui, il se passera « 50 ans, et encore, je suis gentil » avant que ça arrive. Ce que fera la marque, c’est appeler la meilleure agence de la planète, qui aura recruté les meilleurs designers de la planète, et ces designers seront tous augmentés par l’IA. L’outil ne remplace pas le talent, il le démultiplie.

Le deuxième exemple va dans le même sens. Un des publicitaires les plus reconnus de sa génération, cofondateur d’une des plus grosses agences parisiennes, a monté un studio de création 100 % IA. Quand une grande maison du luxe ou une marque de sport veut lui confier un budget, elle ne le fait pas parce que le studio utilise l’IA. Elle le fait parce que c’est lui.

Voilà la mécanique : au sommet du marché, le client n’achète pas une production. Il achète un jugement, une réputation, une signature. L’IA change la façon dont le travail est opéré au quotidien, elle ne change pas la raison pour laquelle on choisit quelqu’un.

Ce qui disparaît vraiment : le prestataire qui ne sait pas travailler

L’hôte du podcast avance l’idée que la valeur d’un freelance se joue désormais sur sa capacité d’exécution. Jeremy déplace le curseur, et c’est probablement le passage le plus utile de l’échange.

« 99 % des freelances ne savent pas travailler, ne savent pas avoir une relation avec un autre individu. Et en fait, si tu sais le faire, l’autre freelance moins cher que toi avec Claude Code, on s’en fout. »

— Jeremy Kohlmann (2:13)

Il décrit ensuite une scène que tout dirigeant qui a déjà sous-traité reconnaîtra. Le prestataire promet que ce sera prêt pour demain. Puis il ne répond plus pendant des jours. Puis il revient avec une excuse. Puis il n’a pas vu votre e-mail. Puis il demande à être payé d’avance. Puis il s’y met demain, promis.

Avec ou sans IA, personne n’a envie de travailler avec ce profil. Ce que l’IA change, c’est qu’elle rend ce prestataire inutile : si le résultat technique peut être obtenu par un outil, la seule chose qui justifiait de payer un humain médiocre, c’était la production, et la production ne vaut plus grand-chose.

À l’inverse, il existe des prestataires à qui l’on a envie de confier des milliers d’euros. Parce qu’ils font du très bon travail, parce qu’ils sont très bons dans la relation, parce qu’ils ont un œil, une patte et une réflexion.

« Ceux-là, ils ne sont pas en danger. »

— Jeremy Kohlmann (2:53)

Les trois critères qui vous placent du bon côté

Si l’on reprend ce que dit Jeremy dans l’échange, trois critères séparent le haut du marché du milieu qui se vide. Aucun n’est technique.

1. La fiabilité

Faire ce qu’on a dit, quand on l’a dit, et répondre quand le client écrit. C’est le critère le plus banal, et c’est celui sur lequel la majorité des prestataires échouent. Dans un marché où la production devient abondante, un prestataire fiable devient rare, donc cher.

2. La relation

Savoir comprendre ce que le client veut vraiment, le rassurer, le recadrer quand il le faut, tenir une conversation d’adulte à adulte. Un outil produit un livrable. Il ne porte pas la responsabilité d’un résultat devant quelqu’un qui a payé. Si vous accompagnez des clients, c’est exactement ce qu’ils achètent, et c’est pourquoi un marché du coaching réputé saturé continue de faire vivre ceux qui inspirent confiance.

3. Le regard

L’œil, la patte, la réflexion. Ce qui fait qu’on reconnaît votre travail, et qu’on vous choisit vous plutôt qu’un autre à compétence technique égale. L’IA aligne tout le monde sur la moyenne. Ce qui dépasse de la moyenne prend de la valeur.

Pour ceux qui cochent ces trois cases, Jeremy et son interlocuteur tombent d’accord : l’IA n’est pas une menace, c’est un gain de temps. Elle sublime le travail des bons, leur permet de prendre plus de clients et de passer moins de temps dans l’opérationnel.

Comment se servir de l’IA quand on vend un service

La suite de l’interview montre à quoi ressemble ce « bon côté » dans une entreprise de services, concrètement.

Extraire ce que vous faites sans y penser

Juste avant ce passage, Jeremy explique que l’enjeu le plus difficile, sur lequel l’IA a beaucoup aidé son cabinet, consiste à extraire la compétence inconsciente. Tout le monde fait certaines choses naturellement très bien sans savoir expliquer comment. Il compare ça à la conduite : quand vous montez en voiture, vous démarrez sans réfléchir, et si vous vous demandez soudain où est l’accélérateur, vous ne savez plus. La compétence d’un entrepreneur fonctionne de la même façon, par automatismes. Si vous êtes capable de les extraire, vous êtes capable de les transmettre.

La méthode décrite est artisanale : quelqu’un vous pose des questions, encore et encore (« quand tu arrives, est-ce que tu fais ça ? Non ? Pourquoi ? »), jusqu’à obtenir une procédure que d’autres peuvent suivre. C’est ainsi que les accompagnements du cabinet ont été construits, en se demandant ce que chaque expert de l’équipe fait naturellement dans son domaine, et comment les clients peuvent faire exactement la même chose. C’est aussi la condition pour construire une entreprise qui tourne sans vous : ce qui n’est pas écrit ne peut être confié ni à un collaborateur, ni à un outil.

Confier l’opérationnel, garder le jugement

Interrogé sur son propre usage, Jeremy liste ce qui passe aujourd’hui par Claude dans son cabinet : tous les rapports quotidiens, tout le suivi de projet, des tableaux de bord et des outils de pilotage internes. Il s’en sert aussi comme second cerveau pour réfléchir sur des sujets précis, à partir de ses notes, d’extraits de vidéos et de livres stockés en local, parce que l’outil agrège la donnée mieux que lui.

Détail qui compte : tout est conservé en local et versionné, de sorte que si un autre outil devient demain plus pertinent, le cabinet peut basculer immédiatement. L’IA opère les consignes, elle ne détient pas le savoir-faire. C’est la même logique que pour automatiser son business : on automatise un processus qu’on maîtrise déjà, jamais un processus qu’on ne comprend pas.

Déplacer l’humain là où il compte

Côté accompagnement, le cabinet a fait le même mouvement. L’outil interne produit les livrables que les clients devaient auparavant construire eux-mêmes, ce qui prenait selon les profils entre deux semaines et trois mois. Les coachs du cabinet interviennent ensuite pour faire passer ce travail « du 80 % au 100 % », celui qui représente vraiment le client, et pour l’aider à l’appliquer au quotidien. La raison est assumée : la plupart des clients n’ont pas tellement envie d’apprendre, ils ont envie d’avoir les résultats.

Si vous êtes indépendant, la transposition est directe. L’IA peut absorber la production, les relances, la documentation. Votre temps doit aller vers ce que l’outil ne sait pas faire : la relation, le diagnostic, le regard. C’est aussi le moyen de sortir du modèle freelance où chaque heure vendue est une heure produite.

Le vrai risque : se disperser avec l’IA

Un autre moment de l’interview complète utilement ce passage. À la question de savoir s’il a été tenté de lancer d’autres projets grâce à tout ce que l’IA rend possible, Jeremy répond que son maître mot au quotidien est le focus. Il ne lance pas d’autres business, non par manque d’envie, mais parce qu’il ne sait pas faire correctement deux choses en même temps, en termes de charge mentale plus que de temps. Chaque conversation, chaque idée de la journée doit pouvoir nourrir une seule entreprise.

Il y a beaucoup de bruit autour de l’IA en ce moment, et beaucoup d’entrepreneurs partent dans tous les sens. Le piège n’est pas de rater la vague, c’est de s’y noyer en ouvrant dix chantiers à moitié. Pour un prestataire du milieu de marché, la bonne réponse n’est pas de lancer un nouveau service « IA », mais de monter d’un étage dans son métier actuel : se spécialiser sur une niche précise, devenir irréprochable sur la fiabilité et la relation, et utiliser l’outil pour dégager le temps que ça demande.

Pour résumer la position de Jeremy en une phrase : l’IA ne vous demande pas si votre métier existe encore, elle vous demande si vous êtes bon. Bref 🙂

PS : si vous dirigez déjà une entreprise de services qui tourne et que la question est plutôt de savoir quoi confier à l’IA, quoi confier à une équipe et quoi garder pour vous, c’est précisément le travail d’organisation que nous menons avec les dirigeants que le cabinet accompagne.

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FAQ : quels métiers l’IA va remplacer

Quels métiers l’IA va-t-elle remplacer en premier ?

Selon Jeremy Kohlmann, l’IA ne remplace pas des métiers entiers mais le milieu de chaque métier : les prestataires corrects sans être remarquables, facturés au prix moyen. Les développeurs freelances et les graphistes le ressentent déjà, parce que des outils comme Claude Code produisent désormais un résultat « correct ». Le même mouvement touche le coaching et le conseil.

Les designers vont-ils disparaître à cause de l’IA ?

Non. Pour reprendre sa formule, l’IA n’a pas tué les designers, elle a tué les mauvais designers. Les grandes marques continueront de faire appel aux meilleures agences, dont les designers seront augmentés par l’IA. C’est la production standard qui perd sa valeur, pas le talent.

Les coachs et consultants sont-ils menacés par l’IA ?

Ceux du milieu de marché, oui : une version discount du coaching, outillée par l’IA, va se développer en bas du marché. Ceux qui sont fiables, bons dans la relation et reconnus pour leur regard ne le sont pas. L’IA leur fait gagner du temps sur l’opérationnel et leur permet d’accompagner plus de clients.

Qu’est-ce qui protège un freelance face à l’IA ?

Trois choses qu’aucun outil ne fournit : la fiabilité (livrer ce qui a été promis, à la date promise), la qualité de la relation avec le client, et un regard propre, un œil, une patte, une réflexion. D’après Jeremy, la grande majorité des freelances échouent sur les deux premiers critères, ce qui les rend remplaçables avec ou sans IA.

Comment utiliser l’IA dans une entreprise de services ?

Pour ce qui est répétitif et documentable : rapports quotidiens, suivi de projet, tableaux de bord, production de livrables standards. Le préalable est d’avoir extrait et écrit votre savoir-faire, ce que Jeremy appelle la compétence inconsciente. Le temps libéré doit aller vers la relation client et le diagnostic.

Faut-il lancer une nouvelle activité grâce à l’IA ?

Rarement. Jeremy défend le focus : il ne lance pas d’autres business, parce qu’on ne fait pas correctement deux choses à la fois en termes de charge mentale. La meilleure utilisation de l’IA consiste le plus souvent à monter en gamme dans son métier actuel, pas à ouvrir un chantier supplémentaire.