Les histoires de gagnants du loto ruinés fascinent parce qu’elles semblent absurdes. Une somme qui règle tous les problèmes d’une vie, et quelques années plus tard, un retour au point de départ, parfois plus bas. On accuse la malchance, l’entourage, les mauvais conseillers. Jeremy Kohlmann propose une autre lecture, plus dérangeante : l’argent ne reste pas là où vous n’avez pas les compétences pour le tenir. Il le dit à propos du loto, mais il l’applique d’abord à lui-même et à son entreprise. Dans l’extrait ci-dessus, il explique pourquoi chacun vit à un palier financier, pourquoi ce palier se comporte comme un élastique, et ce qui permet de le faire monter sans retomber.
Gagnants du loto ruinés : ce que Jeremy Kohlmann ferait d’une cagnotte
La vidéo s’ouvre sur un aveu que peu de dirigeants feraient à voix haute. Jeremy Kohlmann ne se place pas au-dessus des gagnants qui dilapident leur gain. Il se met dans le même lot.
« Si je gagnais au Loto ou à l’Euromillions demain matin, probablement que je reviendrais exactement au même niveau financier dans un à deux ans. »
Jeremy Kohlmann (0:00)
Il nuance tout de suite. Certains gagnants gardent le même métier, le même entourage, la même maison, remboursent leurs crédits et vivent simplement mieux. Mais la plupart, selon lui, font n’importe quoi pendant trois à cinq ans avant de revenir à leur situation initiale (0:38). La question intéressante n’est donc pas « pourquoi certains se ruinent », mais « qu’est-ce qui distingue ceux qui gardent l’argent de ceux qui le perdent ». Et la réponse vaut pour un chiffre d’affaires autant que pour une cagnotte.
Les trois compétences de l’argent : gagner, garder, faire fructifier
Le cœur du raisonnement tient en une phrase. L’argent ne demande pas une compétence, il en demande trois, et elles ne s’acquièrent pas au même moment.
« Il y a un stack de compétences pour en gagner. Il y a un stack de compétences pour le détenir, et il y a un stack de compétences pour le faire fructifier. »
Jeremy Kohlmann (0:10)
Par « stack », il entend un empilement : des compétences métier, mais aussi de la psychologie, de la gestion émotionnelle, une manière de prendre des décisions. Celui qui reçoit une somme d’un coup, par un gain ou un héritage, n’a acquis aucune de ces trois couches. Et s’il n’a pas appris à fabriquer l’argent, il n’a pas eu le temps d’apprendre à le garder non plus. Il prend alors des décisions financières irréfléchies, avec beaucoup d’argent et peu de repères.
Transposé à une entreprise de services, le découpage devient très concret :
- Gagner, c’est savoir construire une offre, attirer des clients et vendre. C’est la compétence que la plupart des entrepreneurs travaillent en premier, parfois exclusivement.
- Garder, c’est tenir sa trésorerie, son train de vie et ses dépenses quand le chiffre d’affaires monte, sans transformer chaque bon mois en nouvelle charge fixe.
- Faire fructifier, c’est décider où réinvestir, dans quoi, à quel rythme, et accepter de ne pas tout dépenser tout de suite.
Un entrepreneur qui ne maîtrise que la première couche peut faire un excellent mois, puis un excellent trimestre, et se retrouver malgré tout au même point un an plus tard. Il a gagné, il n’a pas gardé. C’est exactement le scénario du gagnant du loto, en version lente. Le lien entre argent et émotions est développé dans l’article l’argent fait-il le bonheur, qui part d’un autre extrait de Jeremy Kohlmann sur le même terrain.
Le palier financier fonctionne comme un élastique
Deuxième idée, la plus utile pour un dirigeant : chacun vit à un palier financier qui correspond à sa capacité à gérer ce palier. Ce n’est pas une limite morale ni une fatalité, c’est un équilibre.
« On apprend à vivre à des paliers financiers, que ce soit professionnel ou personnel. Et il y a un équilibre qui se crée. C’est comme un élastique. »
Jeremy Kohlmann (1:11)
Il prend son propre cabinet comme exemple. Si l’on multipliait du jour au lendemain le chiffre d’affaires de Kohlmann Publishing par un peu plus d’un et demi, il tremblerait mais tiendrait. Multiplié par un peu plus de trois, il y a de grandes chances qu’il retombe à son niveau actuel. Multiplié par plus de trente, il y retomberait à toute vitesse. Et dans l’autre sens, si on le ramenait à une fraction de ce qu’il fait aujourd’hui, il remonterait très vite.
L’élastique explique les deux mouvements. Tiré doucement, il s’adapte et prend une nouvelle longueur. Tiré trop fort d’un côté ou de l’autre, il revient à sa position initiale. C’est pour cette raison qu’une croissance brutale inquiète plus qu’elle ne rassure : elle tire l’élastique plus vite que les compétences ne suivent.
Ce qui fait retomber concrètement
Jeremy Kohlmann ne s’arrête pas à l’image. Il détaille ce qui le ferait redescendre s’il se retrouvait à un palier trois fois plus haut :
- de mauvaises décisions d’investissement ;
- une incapacité à gérer des équipes de cette taille ;
- une incapacité à gérer le stress qui va avec ;
- ne pas savoir comment recruter pour une entreprise de ce niveau ;
- ne pas savoir comment allouer les dépenses et les investissements.
Aucun de ces points ne relève de la chance. Ce sont des compétences précises, qui manquent au palier suivant et qu’on peut identifier à l’avance (2:18). Le stress, en particulier, est souvent sous-estimé : il ne disparaît pas avec l’argent, il change de forme. L’article sur le stress financier d’entrepreneur montre comment Jeremy Kohlmann le vit lui-même sans avoir jamais manqué d’argent.
« On n’arrive pas à un endroit par hasard. On doit développer des ressources pour aller à cet endroit-là. Et ces ressources font qu’on peut y revenir très facilement. »
Jeremy Kohlmann (2:45)
Le revers est rassurant. Si on le remettait dans une entreprise à zéro, il saurait remonter vite, parce qu’il a déjà les compétences, les émotions, les méthodes et la psychologie du palier où il se trouve. Ce qui a été construit ne se perd pas avec le chiffre d’affaires.
Jeu vidéo et ping-pong : votre niveau reprend toujours sa place
Pour rendre l’idée tangible, Jeremy Kohlmann prend deux images que tout le monde a vécues. La première vient des jeux vidéo. Un personnage de niveau 1 qui s’aventure dans une zone de niveau 100 se fait balayer au premier monstre et revient au point de départ. Un personnage de niveau 100 renvoyé au point de départ retraverse toute la carte en quelques secondes, en écrasant tout sur son passage (2:51).
La seconde vient du ping-pong au collège. Douze tables, on monte d’une table quand on gagne, on descend quand on perd. Le meilleur joueur de la salle placé à la dernière table remonte en cinq minutes. Le moins bon placé à la table du haut redescend tout aussi vite (3:14).
Les deux images disent la même chose que le loto, dans les deux sens. Un gain soudain place un joueur de niveau 1 à la table du haut : il redescend. Une perte soudaine renvoie un joueur de niveau 100 au fond de la salle : il remonte. Ce qui compte n’est pas la table où l’on vous pose, c’est votre niveau de jeu. Pour un dirigeant, la conséquence est directe : investir dans son niveau rapporte plus durablement que courir après un coup de chance, qu’il s’agisse d’un gros client, d’une campagne qui explose ou d’un lancement réussi.
Le plafond est souvent dans la tête
La fin de l’extrait ajoute une nuance importante. Le palier n’est pas seulement une affaire de compétences, c’est aussi une affaire de croyances. Jeremy Kohlmann repart du jeu vidéo : on bloque longtemps sur un boss, puis on voit un ami le battre, et d’un coup on le bat aussi.
« Si tu es persuadé qu’il y a un plafond à ton marché, tu vas t’empêcher de le dépasser. Et à un moment, quelqu’un le passe, et d’un coup, tout le monde le passe. »
Jeremy Kohlmann (3:42)
Il compare ce phénomène aux records sportifs : quand quelqu’un franchit une barre réputée infranchissable, d’autres la franchissent dans les mois qui suivent. Puis il raconte son propre plafond. Son entreprise stagnait autour de 100 000 € de chiffre d’affaires par mois. Un autre entrepreneur, qu’il jugeait à l’époque moins légitime que lui, est passé à 150, 200, 300, puis 400 000 € par mois (3:57).
« Je me dis : si lui il peut, moi je peux aussi. Et moi, je commence à faire 150, 200, 250, 300. »
Jeremy Kohlmann (4:09)
Le plus intéressant est la correction qu’il apporte lui-même. Il reconnaît avoir eu complètement tort sur la légitimité de cet entrepreneur : celui-ci avait compris des choses qu’il n’avait pas comprises, et il méritait largement ce qu’il avait réussi. Le jugement de légitimité servait surtout à le rassurer (4:15). Le déclic est venu justement parce que l’autre lui semblait proche. Face à quelqu’un perçu comme mille fois au-dessus, il se serait trouvé des excuses.
Dans la vidéo complète, il prolonge l’idée : la plupart du temps, on sait déjà ce qu’il faut faire pour passer le palier suivant, et l’on se raconte des histoires sur les raisons pour lesquelles ça ne marchera pas pour soi. Ce mécanisme de croyances est détaillé dans l’article mindset d’entrepreneur : identité, croyances et blocages.
Monter de palier sans retomber : la méthode en 5 étapes
Le raisonnement de Jeremy Kohlmann se traduit en une démarche simple, à appliquer à son entreprise plutôt qu’à un ticket de loto.
- Situez votre palier réel. Prenez le niveau de chiffre d’affaires que vous tenez de façon stable sur plusieurs mois, pas votre meilleur mois. C’est votre position d’élastique au repos.
- Listez les compétences du palier suivant. Reprenez la liste de Jeremy Kohlmann : décisions d’investissement, gestion d’équipe, gestion du stress, recrutement, allocation des dépenses. Pour chaque ligne, notez ce que vous savez faire aujourd’hui et ce qui vous manque.
- Tirez l’élastique doucement. Visez une marche, pas un saut. Une croissance qui laisse aux compétences le temps de suivre tient mieux qu’un pic qui retombe. Les étapes types d’une entreprise d’accompagnement sont décrites dans l’article sur les paliers de croissance.
- Trouvez quelqu’un qui a franchi la marche. Pas une figure inaccessible : quelqu’un d’assez proche pour que l’excuse « lui, c’est différent » ne tienne pas. C’est l’effet record décrit plus haut, et c’est aussi la raison d’être d’un accompagnement, comme l’explique l’article sur le fait d’investir dans un coaching business.
- Repérez vos excuses. « Il n’est pas légitime », « ça ne marchera pas pour moi », « il a triché ». Quand une de ces phrases revient, demandez-vous si elle décrit la réalité ou si elle vous protège d’une action qui vous fait peur.
Avant de viser le palier suivant, quatre questions de contrôle :
- Mon chiffre d’affaires actuel est-il un palier stable ou un pic ?
- Si mon chiffre d’affaires triplait le mois prochain, saurais-je recruter, déléguer et allouer cet argent ?
- Ai-je appris à garder ce que je gagne, ou seulement à le gagner ?
- Qui, dans mon entourage professionnel, a déjà franchi la marche que je vise ?
Un gros chèque ne change pas votre niveau, il change seulement la table où l’on vous pose. Ce qui vous fait rester à la table du haut, ce sont les compétences que vous avez construites pour y arriver. Bref 🙂
PS : si vous démarrez et que la question du palier vous semble lointaine, elle se pose pourtant dès les premiers revenus. Apprendre à garder et à réinvestir les premiers milliers d’euros prépare les paliers suivants. L’article sur les barrières mentales sur l’argent traite du blocage qui arrive souvent avant : s’autoriser à facturer à la hauteur de sa valeur.
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FAQ : gagnants du loto ruinés et paliers financiers
Pourquoi tant de gagnants du loto finissent-ils ruinés ?
Selon Jeremy Kohlmann, parce que l’argent demande trois ensembles de compétences : savoir en gagner, savoir le garder et savoir le faire fructifier. Une personne qui reçoit une grosse somme d’un coup n’en a acquis aucun, et prend des décisions financières irréfléchies.
Tous les gagnants du loto se ruinent-ils ?
Non. Certains gardent le même métier, le même entourage et la même maison, remboursent leurs crédits et vivent simplement mieux. Jeremy Kohlmann estime toutefois que la plupart font n’importe quoi pendant trois à cinq ans avant de revenir à leur situation initiale.
Qu’est-ce qu’un palier financier ?
C’est le niveau de revenus, personnel ou professionnel, que l’on sait gérer avec ses compétences actuelles. Il fonctionne comme un élastique : tiré doucement, il s’adapte ; tiré trop fort, vers le haut comme vers le bas, il revient à sa position initiale.
Comment monter de palier financier sans retomber ?
En progressant par marches et en développant les compétences du palier suivant : décisions d’investissement, gestion d’équipe, gestion du stress, recrutement et allocation des dépenses. S’inspirer de quelqu’un d’assez proche qui a franchi la marche aide aussi à lever les blocages.
Le plafond de chiffre d’affaires est-il psychologique ?
En partie. Jeremy Kohlmann observe que lorsqu’on est persuadé qu’un marché a un plafond, on s’empêche de le dépasser, et que dès que quelqu’un le franchit, d’autres suivent. Il raconte avoir lui-même dépassé un plafond de 100 000 € par mois après avoir vu un autre entrepreneur le faire.
Gagner au loto rend-il heureux ?
Jeremy Kohlmann répond qu’il aurait tendance à dire non : selon les études qu’il évoque, les gagnants sont en général plutôt moins heureux après qu’avant, faute d’avoir développé les compétences psychologiques pour gérer cet argent. Il conseille d’apprendre à en gagner indépendamment de la chance.
